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Enquête sur les
écoles «hors contrat»
Cette enquête sur les
établissements privés hors contrat susceptibles de recevoir une qualification
sectaire, sans empiéter sur le travail de recherche proprement dit, permet de
dégager quelques séries de réflexions.
En premier lieu, le parti pris
par le CLPS a été de mener un travail collectif. Nous nous sommes répartis
entre nous les démarches, lettres aux inspecteurs d’académie, requêtes à la
commission d’accès aux documents administratifs. Merci à tous les militants qui
se sont prêtés à ce pensum, merci à Hayat qui en a fait la synthèse.
En tant qu’association laïque,
nous sommes naturellement attachés au service public, même si cela ne fait pas
l’objet d’un article de nos statuts. On ne peut simultanément proclamer son
attachement à l’école laïque et ne pas défendre les services publics en
général. Il ne saurait être question pour nous de dénigrer
l'administration ; combien nous aurions aimé que cette dernière, malgré notre
volonté de ne pas polémiquer, ne pratique pas une rétention d’informations
systématique ! Un seul inspecteur d’académie a répondu spontanément à la
vague de courriers simples que nous avions adressés en été ; un seul a
répondu à un courrier recommandé ; tous les autres nous ont forcés à
saisir la CADA, et, dans certains cas, ont fourni les documents demandés dès
que l’autorité administrative indépendante les avertissait de notre requête. Le
Ministère de l’Education nationale lui-même, saisi par nos soins, nous
répondait que les rapports étaient des documents internes, sans se référer aux
termes de la loi de 1978 sur la communication des documents administratifs.
Les raisons de ces silences
systématiques peuvent être multiples, mais nous n’ébaucherons pas d'hypothèses
publiquement. Nous nous contenterons des faits.
Dernière réflexion, les
résultats fournis par cette enquête laissent plutôt dubitatifs sur l’exactitude
de la notion de secte. L’un des rapports conclut que si l’établissement
contrôlé ne répond pas à ma définition de la secte, l’enseignement prodigué
relève à certains égards du sectarisme. Faut-il sans cesse s'interroger ?
Y-a-t-il une frontière nette au-delà de laquelle un groupe qui dérive devient
une secte ? Sur la page d'accueil de notre site internet, nous précisons
que le mot secte est une commodité de langage qui ne recouvre aucune catégorie
juridique ; que l’évocation d’un
groupe dans nos travaux signifiait une
atteint à la laïcité, aux droits de l’Homme et de l’enfant. Un école dont Robert
Brasillach est l’auteur le plus moderne étudié et dont l’éducation , qui
prolonge celle de la famille, est pétainiste doit-elle être traitée avec plus
d'égards qu’un groupe fondamentaliste qui promet des guérisons
miraculeuses ? Et si notre association devait être interpellée avant tout par des groupes
dont la particularité est d’inquiéter les citoyens que nous sommes ?
Il convient tout d’abord de rappeler la loi de 1905 : la
république ne reconnaît ni ne salarie aucun culte ; elle assure la liberté de conscience
CODE DE L'EDUCATION
(Partie Législative)
Chapitre II : Objectifs et missions de l'enseignement scolaire
Article
L122-1-1
(inséré
par Loi nº 2005-380 du 23 avril 2005 art. 9 Journal Officiel du 24 avril 2005)
La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque
élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun constitué d'un
ensemble de connaissances et de compétences qu'il est indispensable de
maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire
son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société. Ce socle
comprend :
- - la maîtrise de la langue française ;
- - la maîtrise des principaux éléments de
mathématiques ;
- - une culture humaniste et scientifique permettant le
libre exercice de la citoyenneté ;
- - la pratique d'au moins une langue vivante
étrangère ;
- - la maîtrise des techniques usuelles de l'information
et de la communication.
Ces connaissances et compétences sont précisées par décret
pris après avis du Haut Conseil de l'éducation.
L'acquisition du socle commun par les élèves fait l'objet
d'une évaluation, qui est prise en compte dans la poursuite de la scolarité.
Le Gouvernement présente tous les trois ans au Parlement un
rapport sur la manière dont les programmes prennent en compte le socle commun
et sur la maîtrise de celui-ci par les élèves au cours de leur scolarité
obligatoire. Parallèlement à l'acquisition du socle commun, d'autres
enseignements sont dispensés au cours de la scolarité obligatoire.
CONVENTION INTERNATIONALE
DES DROITS DE L'ENFANT
ONU : 1989
Article 13
1. L'enfant a droit
à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de
recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération
de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par
tout autre moyen du choix de l'enfant.
2. L'exercice de ce
droit ne peut faire l'objet que des seules restrictions qui sont prescrites par
la loi et qui sont nécessaires :
a) Au respect des
droits ou de la réputation d'autrui ; ou
b) À la sauvegarde
de la sécurité nationale, de l'ordre public, de la santé ou de la moralité
publiques.
Article 14
1. Les États parties
respectent le droit de l'enfant à la liberté de pensée, de conscience et de
religion.
2. Les États parties
respectent le droit et le devoir des parents ou, le cas échéant, des
représentants légaux de l'enfant, de guider celui-ci dans l'exercice du droit
susmentionné d'une manière qui corresponde au développement de ses capacités.
3. La liberté de
manifester sa religion ou ses convictions ne peut être soumise qu'aux seules
restrictions qui sont prescrites par la loi et qui sont nécessaires pour
préserver la sûreté publique, l'ordre public, la santé et la moralité publiques,
ou les libertés et droits fondamentaux d'autrui.
Article 15
1. Les États parties
reconnaissent les droits de l'enfant à la liberté d'association et à la liberté
de réunion pacifique.
2. L'exercice de ces
droits ne peut faire l'objet que des seules restrictions qui sont prescrites
par la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique, dans
l'intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique ou de l'ordre public,
ou pour protéger la santé ou la moralité publiques, ou les droits et libertés
d'autrui.
Article 29
1. Les États parties
conviennent que l'éducation de l'enfant doit viser à :
a) Favoriser
l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le développement de ses dons
et des ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs
potentialités;
b) Inculquer à
l'enfant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des
principes consacrés dans la Charte des Nations Unies;
c) Inculquer à
l'enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses
valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans
lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations
différentes de la sienne;
d) Préparer l'enfant
à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit
de compréhension, de paix, de tolérance, d'égalité entre les sexes et d'amitié
entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec
les personnes d'origine autochtone;
e) Inculquer à l'enfant
le respect du milieu naturel.
2. Aucune
disposition du présent article ou de l'article 28 ne sera interprétée d'une
manière qui porte atteinte à la liberté des personnes physiques ou morales de
créer et de diriger des établissements d'enseignement, à condition que les
principes énoncés au paragraphe 1 du présent article soient respectés et que
l'éducation dispensée dans ces établissements soit conforme aux normes
minimales que l'État aura prescrites.
Article 31
1. Les États parties
reconnaissent à l'enfant le droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu
et à des activités récréatives propres à son âge, et de participer librement à
la vie culturelle et artistique.
2. Les États parties
respectent et favorisent le droit de l'enfant de participer pleinement à la vie
culturelle et artistique, et encouragent l'organisation à son intention de
moyens appropriés de loisirs et d'activités récréatives, artistiques et
culturelles, dans des conditions d'égalité.
La convention
internationale des droits de l’enfant reconnaît des droits propres au mineur,
et notamment la liberté de conscience. Un protocole additionnel à la convention
européenne des droits de l’Homme pourra la contredire en ce qu’il reconnaît aux
parents le droit d’élever leurs enfants selon leurs convictions;
- CONVENTION EUROPEENNE DES DROITS DE
L’HOMME
- PROTOCOLE N°1 art.2
-
- Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction.
L’Etat, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de
l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer
cette éducation conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques.
-
-
- LES ÉTABLISSEMENTS D'ENSEIGNEMENT PRIVÉ HORS
CONTRAT
- ANALYSE DES RAPPORTS D'INSPECTION DES SERVICES
ACADÉMIQUES
-
- par Hayat El Mountacir
Dans le présent travail, nous allons aborder la question des enfants
qui intègrent certaines écoles privées hors contrat. Le rôle de l’Etat consiste
à prévenir tout retrait de l’enfant de la vie sociale qui pourrait compromettre
son développement et son intégration à la société. La protection juridique des
mineurs donne à l’Etat un pouvoir régalien et permet le retrait de l’autorité
parentale en cas de défaillance grave. Elle constitue un important outil de
prévention contre l’embrigadement des enfants ainsi que leur enfermement dans
les choix fanatiques de leurs parents. Les dispositions de la loi de 1882 qui
rendaient l’instruction obligatoire autorisaient en même temps les parents qui
le souhaitent à déscolariser leurs enfants pour les instruire chez eux ou dans
le cadre d’une école privée. Cependant, des contrôles sont exercés par le
ministère de l’Education nationale jusqu’à l’âge de 12 ans en ce qui concerne
l’écriture, la lecture et le calcul. La disposition se rapportant aux contrôles
étant devenue obsolète [1]
et le phénomène sectaire prenant de l'ampleur [2],
certaines modifications sont apportées à cette loi par celle du 18 décembre
1998 (loi N°98-1165 du 18-12-1998 tendant à renforcer le contrôle de
l’obligation scolaire). Le Bulletin de l'Education nationale qui la présente
explique : «afin de protéger les enfants en âge scolaire de
l’emprise sectaire, le parlement a adopté en première lecture et à l’unanimité
la loi …» [3].
L’adoption à l’unanimité de la loi du 18 décembre 1998, répond au souci
de protéger les mineurs et de faire respecter les valeurs républicaines
laïques. Devant le développement de la déscolarisation et des écoles privées
hors contrat, il devenait urgent d’assurer, au travers de la loi, le minimum
requis pour assurer l'intégration de tous les enfants à la société. L’analyse
des contrôles effectués après le vote de cette loi permet de cerner les
difficultés rencontrées sur le terrain par les inspecteurs de l’Education
nationale ainsi que le fonctionnements des écoles concernées par les contrôles.
Nous avons sérié les différentes écoles contrôlées en deux grands groupes selon
l’appartenance philosophique et ou idéologique. Ainsi, seront abordées les
écoles Waldorf relevant du mouvement anthroposophique et les écoles relevant de
la mouvance catholique intégriste. Ce choix est lié aux rapports de contrôle
que les différentes Académies sollicitées ont bien voulu nous communiquer.
LA QUESTION DES CONTRÔLES DE L’INSTRUCTION OBLIGATOIRE
Les principes
Les parents disposent de la liberté
d’instruire eux-mêmes leurs enfants ou de les scolariser dans des écoles
privées hors contrat c’est à dire qui ne respectent pas les programmes de
l’Education nationale. Cependant, ils sont soumis à des contrôles qui
permettent de mettre en lumière si les droits élémentaires des enfants sont
respectés. La loi du 18 décembre 1998 et son décret d’application en date du 23
mars 1999 visent à assurer une protection qui dépassent le simple cadre des
apprentissages élémentaires (lecture, calcul et écriture). Le Bulletin Officiel
de l’Education nationale explique ainsi le nouvel objectif du contrôle :
il «vise à vérifier que
l'établissement dispense à ses élèves un enseignement visant à les amener,
selon une progression cohérente et contrôlée, à un niveau de connaissance et de
compétence comparable à celui des élèves fréquentant les établissements publics
sous contrat, comme le prévoit le décret du 23 mars 1999».
Cet
objectif tente de rétablir le principe d’égalité : tous les enfants,
quelque soient les choix philosophiques ou religieux de leurs parents, ont le
droit d’accéder au minimum de connaissances requises pour pouvoir se situer
dans la société dans laquelle ils vivent afin de se socialiser. C’est une
valeur fondamentale du principe de laïcité. L’école est un lieu qui permet la
diffusion du savoir scientifique commun. Par ailleurs, la laïcité implique le
développement de la pensée critique et de la raison afin de développer
l’autonomie chez l’enfant.
Car si la laïcité prône le respect de la diversité
culturelle et religieuse, elle prône aussi le bien commun et l'universel. Et
c’est par l’éducation à la pensée critique et l’émancipation d’individus égaux
en droit que la laïcité forme un citoyen capable de se reconnaître membre d’une
classe sociale ou d’un groupe culturel ou religieux tout en étant rattaché à
l’universalité humaine commune (ce qui fonde l’humanité de l’homme). Ceci
permet de créer un espace commun neutre de transmission du savoir en
transcendant les appartenances et les particularismes.
Ainsi, le 2 décembre 2005 tribunal correctionnel de Valence a condamné à dix mois de prison avec sursis
et au retrait de l’autorité parentale un père intégriste musulman qui enfermait
ses filles et les privait de l’instruction obligatoire et du contact avec le
monde extérieur [4]. L’Etat est garant du bien
être personnel des mineurs et veillent à s’assurer que les enfants bénéficient
des conditions nécessaires à leur épanouissement.
Sur le champ de
la protection de l’enfance (en matière physique, affective et intellectuelle)
et de la recon- naissance de ses droits, il y a un accord de la communauté
internationale au-delà des diversités propres aux pays et aux aires culturelles
et religieuses.
Les constats
Les parents,
encore minoritaires, qui déscolarisent leurs enfants le font sur une base
souvent claire : prouver par un engagement important et parfois déterminé
à s’opposer à l’instruction donnée dans les établissements d’enseignement
publics et privées. Ces derniers s’engagent, de par les dispositions
législatives, à respecter les programmes de l’Education nationale.
Et c’est
majoritairement pour des motivations religieuses que les parents refusent les enseignements officiels.
En
2004, un rapport du ministère de l’Education nationale [5] constate que «Aux confins sud-est
du Massif Central, un groupe de
protestant, les ravinistes, ne scolarise les enfants dans le primaire qu’à
plusieurs conditions : refus de l’enseignement de l’évolution des espèces,
du cinéma, de l’éducation sexuelle, de l’informatique et des cours le samedi.
Ces enfants sont déscolarisés en fin de CM2 et confiés à un organisme
d’enseignement à distance crée par les adeptes. Plus au nord, des deux côtés de
la Saône, un groupe catholique pratiquant clandestinement et sous l’appellation
«les blancs», héritiers de l’Eglise réfractaire de la Révolution,
ne scolarise pas non plus ses enfants. Enfin, dans une banlieue d’une
grande ville de la vallée du Rhône, des
familles musulmanes regroupées autour d’un imam refusent également
l’école».
De tels agissements interpellent sur l’intégration sociale
de ces enfants et plus globalement sur le refus de ces familles de respecter le
pluralisme des sociétés démocratiques. Et le professeur Jacques Michel s’interroge : «Ne doit-on pas penser que la perspective sectaire - par l’enfance
qu’elle propose à l’enfant à l’enfant et qui est celle d’une mise à part plus
ou moins grave de la communauté civique – est une proposition de mise hors jeu
du droit lui-même ?» [6].
Des contrôles
effectués dans certains établissements d’enseignement privés hors contrat
révèlent des manquements graves qui grèvent lourdement l’épanouissement des
enfants et leur intégration sociale. Cependant , il faut signaler que le Cercle
laïque a rencontré des difficultés pour obtenir les rapports de l'Inspection
académique dont la diffusion est rendue obligatoire en cas de demande par la
loi de 1978 sur la communication de documents administratifs.
- UNE APPROCHE
EMPIRIQUE À TRAVERS L'EXEMPLE
- DES CONTRÔLES
EFFECTUÉS PAR L'ÉDUCATION NATIONALE
Les différents rapports obtenus
permettent de distinguer d’un part les écoles Steiner et d’autre part les
écoles issues de groupes catholiques intégristes.
Quelques exemples
d’écoles Steiner
Nous disposons de trois
rapports :
- Inspection
d’une école hors contrat R. Steiner à Sorgues du 14 décembre 1999.
- Inspection
d’une école (partenaire de la fédération des écoles Steiner) non déclarée le
12 mars 2002. ’C'est une famille qui reçoit cinq enfants à domicile en toute
illégalité.
- Inspection
d’une école Steiner «CAMINAREM» hors contrat dans le Gard le 1er
février 2005.
-
Il y a eu aussi à la rentrée de 1999 un contrôle effectué de façon
simultanée dans 14 écoles R. Steiner. Il y a eu un rapport final de
l’Inspection générale qui résume et
donne des appréciations sur l’ensemble des écoles contrôlées. Il n’a pas été
rendu public [7], mais les médias avaient
dès 2000 fait état de ce rapport dans la presse [8].
Etat des lieux
L’inspection
révèle un retard au niveau des apprentissages élémentaires. Le rapport de 1999
signale que «dans les trois
premiers niveaux on ne note aucun apprentissage systématique de la lecture, des
mathématiques» . Celui de 2005 ne relève pas de progrès
[9] : «Aucun enfant n’est capable de lire,
un seul semble pouvoir déchiffrer mais
nous fait la confidence que cet apprentissage se réalise à la maison ou a été
commencé au sein d’une école publique. Pour les autres, on perçoit la
connaissance de quelques lettres mais uniquement en majuscules d’imprimerie,
aussi sont-ils incapables de faire la correspondance avec les lettres scripts
proposées dans les livres de lecture. (…) Les approches mathématiques de
la numération se limitent à quelques chiffres de 1 à10, aucune situation
problème n’est visible».
Donc le rapport de 2005 constate des
difficultés qui perdurent depuis le contrôle de 1999, même s’il ne s’agit pas
de la même école (voir note 8). Au niveau pédagogique, le rapport de 1999
signale que « aucun planning, aucune
progression n’ont pu être présentés par les enseignants et la Direction
concernant les 4 premiers niveaux (6ans – 10 ans)…. Dans les niveaux 5 et 6 on
trouve un planning disciplinaire organisé par période de 2 ou 3 semaines
(durant la période considérée on ne traite que la discipline en
question)… Aucune approche de l’informatique … Absence de bibliothèque – pas de recours à la littérature jeunesse ou de
patrimoine….Dans aucune des classes, nous n’avons pu repérer de signe de
développement de l’esprit critique et de pratique de l’argumentation (pas de
formulation de questions des élèves). On reste dans l'imitation, pas
d'invention, de réalisation, de production».
Le rapport de 2005
signale les mêmes lacunes :
«La parole de l’enfant est prise en compte mais dans une absence totale
d’esprit critique, tout se situe dans l’énonciation de propos bien loin du
débat démocratique… L’enseignement se fait par périodes et sans réel support
d’écrit même au cycle III ….Quelques rares écrits apparaissent sans aucune
correction sinon pour bien situer les apprentissages dans la conception de R.
Steiner».
Ces extraits
des rapports et notamment la référence à R. Steiner invitent à considérer de
plus près la conception steinérienne de l’éducation. Le rapport 2000 de la
Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes (MILS) a consacré une
étude de cas à l’anthroposophie de façon globale et à la pédagogie des écoles
Steiner en particulier. Il s’interroge : «Pratiquement, peut-on exercer le contrôle d’établissements
scolaires sans appréhender les référents pédagogiques et par la même, éthiques
et doctrinaux, des établissements inspectés ?».
Rudolf Steiner et
l’éducation
Quelques
repères rapides sur cette conception permettent de mieux saisir les constats
faits par les rapports de l’Education nationale.
Le manque
d’esprit critique relève d’une conception particulière des phases de
développement de l’enfant et de l’apprentissage [10]
chez
Steiner. La progression se fait par «septaine» ( aissance à 7 ans,
8 à 14 ans et de 15 à l’âge adulte). Steiner affirme que «toute la vie de l’enfant jusqu’à sa septième année est une
constante imitation de ce qui se passe autour de lui» [11].
Il n’est qu’un «organe sensible». Il affirme que «l'adulte est un médiateur entre le
monde divin et lui, qui est encore toute faiblesse».
Or, les inspections ont révélé des lacunes au
niveau des apprentissages élémentaires. Le rapport de 2005 fait état d’un cours
en classe de CP autour du «secret», «dessins
d’anges» …. Entre 7 et 14 ans, l’enfant devient «âme, pas encore
esprit, pas encore celui qui attachera la plus grande valeur à la logique, à
l'intellect, ce qui n’arrivera que lorsque quelque chose durcira son âme» [12].
Il explique : «c’est pourquoi
à l'école Waldorf, nous attachons une grande importance à ce que les maîtres
qui prennent les enfants de 7 à 14 ans, imprègnent leur enseignement des forces
qui font aimer l’art, les formes artistiques qui sont pleines d’amour et de
beauté».
Les lacunes en mathématiques pourraient trouver une
explication selon la conception de Steiner : «L’enfant de très bonne heure est capable d’assimiler les
éléments de calculs». Cependant, Steiner en a décidé autrement : «Mais avec le calcul précisément on
peut voir combien il serait facile de lui donner trop tôt des notions
intellectuelles».
A la lumières des écrits de Steiner, on comprend
mieux les constats faits par les inspecteurs sur le manque d'esprit critique.
C’est que durant les deux premières
«septaines» (jusqu’à l’âge de 14 ans), on doit éviter de
solliciter l’intellect. Mais c’est qu’à travers l’éducation Steiner veut avant
tout «obtenir un développement sain, bienfaisant, capable de guérir
l’être humain». Jacques Dallé, président de la Fédération des écoles
Steiner, défend une position qui fait écho aux écrits de Steiner : «Plutôt que les apprentissages
précoces hasardeux, ce qui est visé ici, c’est un développement corporel et
organique sain, base de toute évolution future, la sûreté de la latéralisation,
etc.» [13]. Il exprime la position
de la Fédération de façon explicite : «L 'établissement
recherche une pleine autonomie tant au plan de la pédagogie qu’à celui des
programmes. Il s’astreint cependant à rejoindre des paliers de convergence avec
les programmes de l’Education nationale de façon à permettre la mobilité des
élèves qui la souhaitent». Cette dernière phrase se veut
rassurante; Or, cinq ans après, lors du contrôle de 2005, la psychologue
scolaire s’interroge sur le «désir (de l’enfant) d'être inséré ou
pas dans cette scolarité et de son adaptabilité en fin de parcours s’il
présente des difficultés».
Les inspecteurs
en charge du contrôle constatent que «le cadre général de l’établissement
est fortement marqué par des rituels de type communautario-religieux»
(rapport de 1999).
Les débats autours de ces
rapports
Les rapports
ont soulevé des manquements , notamment « le constat préoccupant sur le
niveau des enseignants », selon le rapport de la MILS. Ceux-ci seraient
recrutés surtout pour « leur parcours qualifiant de vie ». Le
président de la fédération des écoles Steiner Jacques Dallé s’insurge et
explique : «Le 14 décembre 1999, les
inspecteurs ne sont restés qu'un quart d'heure dans les classes. Ils n'ont pas
cherché à com- prendre notre pédagogie» [14].
Cependant, les rapports signalent une présence continue de 4 heures.
«Contacté par Jacques Dallé, le ministre de
l'Education, Jack Lang, a promis d'aller faire un petit tour dans une école
Steiner » signale le journal Libération. Le
Cercle laïque a demandé à l’inspection académique si d'autres contrôles ont été
effectués depuis 1999 pour évaluer les évolutions dans le cadre des éventuelles
négociations avec ces écoles. Une réponse en date du 26 janvier 2006 rappelle
la position du ministre de l'Education nationale de l’époque Jack Lang
(«qu’il n’y a pas de pratiques à caractère sectaire») et nous
informe qu’une demande de contrat d’association pour les élèves du premier
degré a été déposée dans ses services le 13 juillet 2005, «résultat du
dialogue instauré avec cet organisme».
Cependant, ce courrier ne répond
pas à la question : est ce que des contrôles ont eu lieu depuis
1999 ? Une autre question s’impose dans le même ordre d’idées. Le rapport
sur l’école Steiner de Sorgues du 14
décembre 1999 (2 pages) constate «des rituels de type
communanautario-religieux». Il ne précise pas en quoi consiste ces
rituels. Cependant, le rapport de la MILS (2000) rapporte qu’une prière
de type ésotérique a été observé dans l’école de la Sorgues, dans le cadre
des inspections conduites par le ministère de l’Education nationale. Il en précise le contenu :
«agitation de cloche, allumage de bougies, invocation divine à forte
connotation naturaliste récitée collectivement, bras croisés sur la
poitrine» [15]. Pourquoi un rapport
concernant la même école et fait à la même date (14 décembre 1999) ne comporte
pas les mêmes éléments pour un public différent ?
Quelques
exemples d’écoles intégristes
Ce travail
s’appuie sur des contrôles effectués auprès d’écoles privées hors contrat. Il s’agit de :
- L’école
Notre dame de l’Annonciation dans le Jura le 4 mai 2004.
- L’école Saint Jean Bosco dans l’Ain le
16 mars 2000 ;
- Plusieurs
contrôles se rapportant à l’école de la Sainte Famille à Dijon : le 8
septembre 1997 (contrôle technique du dispositif de sécurité), le 8 novembre
2002, le 10 janvier 2003, le 30 mai 2003, le 22 septembre 2003, le 4 décembre
2003, et le 19 janvier 2004.
- L’ école
Notre-Dame eu Rosaire à Saint Macaire en Gironde.
Etat des lieux
L’école Notre dame de l’Annonciation compte 138 filles du CP à la
terminale avec internat. Elle accueille aussi des pensionnaires suisses. Elle
est encadrée par une congrégation de dominicaines. Le choix des familles répond
à un souci confessionnel mais non pédagogique, et l’école ne met pas en avant
une pédagogie innovante. Bien au contraire, « la doctrine enseignée est
celle de Pie X et renvoie à un état de l’Eglise romaine antérieur à Vatican II.
Ainsi dans une entrée, un massage signale que l’accès à la chapelle ne peut se
faire en pantalon ou tête nue, la mantille ou le foulard font partie du
trousseau, qui n’autorise que les jupes à mi-mollets ».
Au niveau du contenu des enseignements, les
contenus s’inspirent des programmes officiels mais avec une orientation
idéologique précise.
Ainsi «les
corpus pratiqués en français et philosophie sont déterminés par la même
idéologie (on parle certes sans les lire de Zola et de Nietzche, mais pour les
évaluer comme auteurs ‘abominables, hideux, obscènes’ ou dangereux à lire (le
second); Voltaire, Diderot sont abordés à l’aide d’extraits
infinitésimaux, mais on lit l'Emile en entier. Ces opinions caractérisent
depuis longtemps l’extrême droite française, mais on a pas relevé dans les
classeurs de propos délictueux, qui tomberaient sous le coup de la loi. Par
exemple, un devoir d’élève peut être pétainiste, sans exprimer pour autant
d’antisémitisme…». Cependant la santé des filles n'est pas mise en
danger, et le niveau est dans l'ensemble convenable. Les inspecteurs déplorent
cependant l'absence de pluralisme, le manque d’accès «citoyen à la
liberté critique personnelle» ainsi que l'osmose entre le milieu
familial, sa confession traditionaliste revendiquée et l’école». Ils
considèrent que l'enseignement relèvent «à certains égards du
sectarisme».
Quant à l’école Saint Jean Bosco, si le rapport est moins prolixe, sur
le contenu idéologique des programmes, il est néanmoins critique sur la
pédagogie fondée sur l’imitation et la répétition ainsi que sur le
caractère confessionnel et passéiste de la doctrine qui évacue la dimension
critique. Sont privilégiés les devoirs d'obéis- sance et de soumission des élèves
sans rappel aux explicite aux droits aussi. L’inspecteur rappelle les
dispo- sitions de l’article 1er du
décret d’application de la loi du 18 décembre 1998 qui insiste sur le
développement de l’esprit critique.
Le contrôle de l’école de la Sainte famille s’est effectué plusieurs
fois pour procéder à des vérifications. Celui 8 novembre 2002 constate que l’«une des valeurs essentielles de cette
école est la défense de la tradition de l’Eglise Pie X». Il n’y a pas
d’évaluation des élèves et les programmes officiels de l’Education nationale
sont méconnus. Il conclue que «des
contraintes morales fortes s’exercent en direction des enfants et peut-être des
adultes, même si ces derniers affirment adhérer librement aux valeurs mises en
avant par cette école». Un autre contrôle le 10 janvier 2003 constate
la persistance des éléments critiqués lors de la précédente visite : refus
de l’enseignement obligatoire des Technologies de l’information et de la
communication, des langues vivantes et de l’éducation physique et sportive. Les
carences persistent dans le domaine de la mise en conformité par rapport aux
normes de sécurité, les travaux n’ayant pas été réalisés depuis le contrôle de
1997. Il y a une amélioration quant aux sanctions pratiquées : les
brimades ont été supprimées.
Un contrôle daté du 19 janvier 2004 constate que l’école fonctionne toujours selon une
idéologie qui s'appuie sur la « Charte des écoles » et le
«Règlement de l’école» et que «la réponse apportée
reste partielle». Le rapport conclut que «l’éducation à la citoyenneté, élément essentiel, constitue sans
doute le point sur lequel les orientations idéologiques de l’école (cf. charte) conduisent à des insuffisances qui
sont à la fois réelles et difficiles à mettre en évidence». Le
règlement de l’école affirme sans ambiguïté qu’il vise à mettre en œuvre la
doctrine de l’Eglise «sur l’éducation telle que le pape Pie XI l’a
admirablement résumée dans l’encyclique du 31 décembre 1929» .
Il
cite l’encyclique : «L’éducation
consiste essentiellement dans la formation de l’homme , lui enseignant ce qu’il
doit être et comment il doit se comporter ici-bas pour atteindre la fin sublime
pour laquelle il a été crée ; il est donc clair qu’il ne peut y avoir
d’éducation complète et parfaite en-dehors de l’éducation chrétienne».
La vie de l’école déborde sur la vie familiale car les parents s’engagent
«à instaurer à la maison une véritable vie de famille catholique
(assistance à la messe, prière en famille, sens du sacrifice, respect de
l'autorité des parents et de l’église)».
Constat
Les rapports ont le mérite d’être explicites, les documents fournis par
l’inspection académique permettent de saisir l’ensemble du problème. La mise à
disposition de la Charte de l’école, du règlement, des rapports des
psychologues facilitent la lecture du travail réalisée par les inspecteurs. Les
rédacteurs des rapports ont adopté une démarche explicative qui tente de
comprendre le fonctionnement de l’école à la lumière de son idéologie et de ses
partis pris. Cette clarification est instructive, et les contrôles furent nombreux pour vérifier
la mise en conformité de l’école aux exigences légales. Cependant, le dernier
contrôle (cité plus haut) constate que les changements sont
« partiels » alors que tout le fonctionnement de l’école est en
contra- diction avec les dispositions de la loi de décembre 1998 et de son décret
d’application du 23 mars 1999. Cependant, l’inspecteur s’est interrogé lors du
contrôle du 22 septembre 2003 : «ne
conviendrait-il pas de signaler cette situation au procureur de la République ?».
Une approche comparative des contrôles se rapportant aux écoles Steiner
d’une part et aux écoles intégristes d’autre part suscite bien des
interrogations. Si les rapports sur les écoles intégristes sont clairs,
documentés et ne nécessitent pas une recherche pour connaître l’idéologie qui
préside au fonctionnement de ces écoles, il n’en est pas de même pour les
écoles Steiner. L’obtention des documents fut laborieuse (parfois saisine ou
menace de saisine de la CADA). Par ailleurs, les 14 contrôles réalisées
simultanément dans certaines écoles furent l’objet d’un rapport résumé
longtemps resté confidentiel. Nous avons pu travailler sur 2 rapports. Celui de
l’école de Sorgues , hormis les appréciations se rapportant aux apprentissages
élémentaires, est ambigu. Ainsi il n’y a pas eu la volonté d’aller au-delà des
apparences pour comprendre ce qui a été constaté [16].
Au delà de ces constats, ce point repose la question des demandes des
associations de défense des victimes de sectes qui constatent que les
travailleurs sociaux, les psychologues, les inspecteurs etc.… ; s’ils sont
évidemment compétents dans leur domaine d’intervention technique, ils sont
parfois déroutés lorsqu’ils font une expertise sur un groupe
«sectaire» ou «à fonctionnement sectaire».

Les
bulletins du CLPS - Index
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