SUJET:
- Traitement des minorités religieuse en Europe occidentale
Mr le
Président, Eminents Membres du Comité des Relations
Internationales du Congrès:
Je tiens
d'abord à vous remercier, Mr le Président Gilman,
pour vos efforts continuels, de la part de ceux qui souffrent
de discrimination religieuse en Allemagne. Merci également
aux personnels et aux membres de ce Comité d'avoir préparé
l'audition d'aujourd'hui ayant pour thème l'intolérance
religieuse. Je remercie aussi, les principaux partenaires de
cette résolution pour leur critique de la discrimination
en Allemagne, actuellement au Congrés - le Sénateur
Michael Enzi, les députés Matt Salmon, donald
Payne, Ed Pastor et d'autres. J'éspère que je
pourrais personnellement leur accuser reception.
On pourrait
dire que je suis en quelque sorte un vétéran dans
cette bataille. Par le passé, lors d'un rapport intitulé
"Droits de l'Homme et Démocratisation en Allemagne
Unifiée", la Commission d'Helsinki critiquait le
gouvernement de Baden-Wuerttternberg parce qu'il avait annulé
mon contrat pour un concert de jazz parrainé par l'Etat,
en raison du fait que je suis scientologue. Ce rapport, je crois,
représentait l'une des premières critiques officielles
de la discrimination religieuse exercée par le gouvernement
allemand.
Aujourd'hui,
il existe plus de 30 rapports similaires provenant d'entités
gouvernementales et d'entités de Droits Humains, y compris
7 rapports annuels sur les Droits de l'Homme émanant
du Département d'Etat, et comprenant le rapport de Département
d'Etat sur la liberté religieuse internationale de l'an
passé.
Ainsi
que vous pouvez le savoir, j'ai voyagé dans le monde
entier en tant que musicien américain de jazz depuis
40 ans. J'ai joué partout, y-compris Brésil, Argentine,
Angleterre, à travers l'europe, la République
Tchéchoslovaque, Pologne, Arménie, Turquie, Chine,
Japon, Corée, Canada et Australie.
Mais c'est
seulement en Allemagne que l'on m'a refusé le droit d'accomplir
mon art à cause de ma religion. Le gouvernement
Allemand dénie les affirmations de discrimination artistique
et religieuse. Il le fait pourtant avec une telle arrogance
souriante que je la trouve choquante.
Par exemple,
la déclaration officielle du gouvernement Allemand, qui
date de 4 ans, contenait ce qui suit, je cite:
"Les
arttistes sont libres de se produire et d'exposer en Allemagne
où bon leur semble. Le pianiste de jazz Chick Corea a
joué en Allemagne en mars 1996, au cours du 27ème
festival international de jazz tenu à Burghansen, évenement
qui reçut approximativement 10'000 dollars de subvention
de la part du Ministère Bavarois à la Culture".
Bon, la
véritable histoire à propos de ce concert, et
pourquoi je suis encore à l'heure actuelle interdit de
ce festival, se résume à ceci:
Avant
que ma prestation ne commence, le soi-disant "expert en
matière sectaire" du gouvernement local, a demandé
qu'elle soit annulée. Seul défenseur de la liberté
religieuse et artistique, le ministre de la Culture a refusé,
sur les fondements que ma religion n'avait rien à voir
avec le droit de pratiquer mon art.
Le concert
s'est déroulé et cela a continué. Plus
tard cependant, il y a eu une critique de la part du gouvernement
bavarois envers le ministre de la Culture au sujet du fait qu'il
m'avait laissé jouer, le Ministre Président d'Etat
de Bavière est intervenu et a ordonné à
l'organisateur du festival, de m'interdire tout prochain concert
financé par l'état. Cette interdiction demeure
aujourd'hui. Ainsi que je l'ai mentionné dans le passé,
être interdit des évènements financés
par l'état, est équivalent en Allemagne à
être inscrit sur une liste noire puisque la plupart des
festivals de musique sont financés par l'état.
Néanmoins,
en dépit de la réduction drastique de mes possibilités
de paraître en Allemagne, j'ai refusé de laisser
le gouvernement allemand empêcher les amoureux de la musique
de m'entendre et je suis intervenu moi-même auprès
de mes fans allemands. J'ai par conséquent été
en mesure d'organiser un certain nombre de tournées privées,
par exemple, j'ai pu jouer grâce aux efforts du gouvernement
américain, en 1998 à Berlin.
Mais en
dépit des encouragements et de l'aide du Département
d'Etat [US] , le gouvernement allemand tente actuellement de
saboter mon droit de jouer, même dans des concerts privés,
en menaçant les promoteurs et les artistes de ces concerts
qui oseraient jouer avec moi.
Un incident
récent illustre ces tactiques d'intimidation: je devais
jouer un concerto de piano avec le Deutsche Kammerphilharmonic
dans l'état de Brême en octobre prochain. Mais
cela n'aura pas lieu.
J'ai en
ma possession une copie d'un e-mail expédié par
l'organisateur allemand de ce concert. Je cite, "Le festival
de musique a du être annulé en raison d'une importante
pression politique sur l'orchestre du concert".
Cela continue
ainsi, "il y a une forte coalition des Démocrates
Chrétiens et des Sociaux Démocrates à Brême,
(les deux partis les plus importants en Allemagne), -- le chef
du parti Démocrate Chrétien lui-même, a
fait pression sur le festival de musique en menaçant
de lui faire perdre tout subside public s'il invitait Chick
Corea à Brême -- et de plus, le directeur artistique
du festival pourrait perdre son poste." Cette menace de
priver le directeur artistique de son poste a été
avancée parce qu'il a déclaré son intention
de maintenir le concert de façon privée, sans
subvention gouvernementale.
En dépit
du fait que l'Orchestre Philarmonique de Chambre Allemand et
le festival de musique aient fait tout ce qu'ils pouvaient pour
que je puisse être invité, la pression gouvernementale
a finalement obtenu que le festival de musique annule mon concert.
C'est un schéma récurrent depuis 1993 en Allemagne.
De telles
intimidations économiques et envers les carrières
sont fréquemment dirrigées sur les promoteurs
de concerts qui voudraient organiser des prestations pour moi
en Allemagne. En résultat, les promoteurs sont de plus
en plus prudents car ils risquent de perdre de l'argent s'ils
m'organisent des concerts et le nombre de mes prestations est
passé de 16 à 17 par an à 1 ou 2 seulement.
Le gouvernement
allemand a constamment nié le fait que la discrimination
religieuse en Allemagne soit un problème fédéral,
et a insisté sur le fait que les états devaient
individuellement le résoudre. Nous avons cependant découvert
que le gouvernement fédéral est généralement
derrière ces violations des droits de l'homme, et qu'il
les répand dans le secteur public, privé et dans
les états. Cette année, le Représentant
Américain au Commerce a placé l'Allemagne sur
la liste d'alerte destinée à son gouvernement
en raison de son "filtre à sectes" haïssable,
- une forme particulièrement méprisable de discrimination
destinée à ruiner les carrières de milliers
de citoyens allemands et américains en raison uniquement
de leur religion. Les filtres à sectes forcent un individu
à déclarer qu'il n'est pas membre du mouvement
religieux ciblé avant qu'on puisse l'employer ou établir
des relations contractuelles avec lui.
Le Ministre
des Finances, développe actuellement un filtre qui sera
en usage dans tous les ministères du gouvernement.
Du fait
de cette élaboration au niveau fédéral,
les gouvernements d'Etat auront désormais moins de peine
à mettre en place une telle discrimination flagrante.
Il ne s'agit que d'une petite étape pour écarter
les sociétés en raison de l'affiliation de leur
propriétaire ou écarter les artistes en raison
de leur religion. Aujourd'hui, ces filtres affectent la Communauté
Economique en Allemagne. Demain, les officiels du gouvernement
peuvent décider de mettre en place ces filtres dans la
Communauté Artistique et ainsi de suite. Mettre sur des
listes noires des artistes qui sont scientologues est déja
un fait en Allemagne, et à moins d'expédier un
message d'alarme important au gouvernement allemand, qu'une
telle discrimination ne sera pas tolérée, il est
vraisemblable que cela empirera.
Le climat
d'oppression religieuse qui conduit à ces incidents est
à l'instigation du gouvernement allemand. Cela invalide
et conteste mon droit et ceux d'autres artistes, à une
expression artistique en Allemagne. Pourtant le gouvernement
a le pouvoir de mettre fin à ces violations fondamentales
des droits de l'homme, s'il le désire. Hélas,
nos espoirs que le Chancelier Schroeder assume désormais
une administration véritablement démocratique,
dans le sens d'une non-discrimination, ne sont pas atteints.
Je tiens
à souligner un point que j'ai déja mentionné
au cours de mes témoignages antérieurs devant
la Commission pour la Sécurité et la Coopération
en Europe, et que j'ai répété dans des
réunions où j'ai discuté de l'étendue
du problème avec des représentants du Congrés.
Ce point est le suivant: le traitement abusif envers les minorités
religieuses de la part du gouvernement allemand n'est pas démocratique,
il n'est pas digne d'un pays civilisé et c'est une violation
des accords allemands concernant les lois internationales sur
les droits humains, en particulier les accords d'Helsinki et
le Traité sur les Droits Civils et Politiques Internationaux.
La liberté
de pensée, de croyance et de création sont les
véritables fondements d'une démocratie et d'une
civilisation. Art et religion sont parmi les modes d'expressions
les plus valorisés et les plus importants de cette liberté.
Les gens qui écoutent ma musique ne l'écoutent
pas en raison de ma religion, de mes choix politiques ou de
mes croyances personnelles, mais parce qu'ils aiment ça.
Le gouvernement allemand tente d'interdire et d'empêcher
mes concerts et les activités d'autres artistes, en raison
de leur seule affiliation. C'est effrayant. Ces actions empiètent
non-seulement sur mes combats artistiques et religieux, mais
sur ceux de tous les autres artistes, de toutes les minorités
religieuses, sur le droit d'entendre ma musique à toutes
les personnes auquelles on l'a refusé. Ce qui m'ennuie
plus particulièrement, c'est que le gouvernement allemand
empiète sur les combats des allemands pour m'entendre
et que je considère comme mes amis, et avec lesquels
j'ai depuis fort longtemps une relation musicale remarquable.
Mr le
Président, je continue de vous remercier pour vos actions
et pour celles des autres députés qui, au cours
des années, ont combattu avec ténacité
les droits des citoyens américains et allemands visés
par ces règlements gouvernementaux d'intolérance.
Votre aide a toujours revêtu beaucoup d'importance à
mes yeux, et je vous en remercie infiniment. Mais le travail
n'est pas fini, il n'est peut-être pas à moitié
fait, et nous devons insister pour renforcer ce message que
nous envoyons au gouvernement allemand. La chose à comprendre
à propos de cette situation, est que les allemands eux-même
ne désirent certainement pas vivre un climat d'intolérance
religieuse ou artistique, mais qu'ils ont continuellement été
intimidés par le gouvernement allemand avec l'aide d'une
presse qui ne réfléchit pas et qui n'a pas d'éthique.
Nous devons
nous assurer que le gouvernement allemand comprenne clairement
qu'une politique destinée à censurer, dénigrer
et stigmatiser des individus en raison de leur religion ne peut
pas être tolérée. Que le fait d'intimider
des individus afin qu'ils n'assistent pas à des concerts
de certains artistes, ou d'intimider des promoteurs pour qu'ils
ne s'engagent pas dans ces services, rencontrera une condamnation
sans équivoque de la part du gouvernement et du Congrés
américains. Je vous supplie de soutenir largement les
résolutions qui sont actuellement au Congrés et
au Sénat - Résolution H.R 388 et S respectivement
- qui demandent au gouvernement allemand de tenir ses engagements
sur les droits humains.
Merci
beaucoup d'avoir accepté mon témoignage.
Armando
Anthony "Chick" Corea, 14 juin 2000