SCIENTOLOGIE

LA SECTE LA PLUS BÊTE DU MONDE

SECTE EN COL BLANC

Développement personnel, formation en entreprise et parodie psy

par Antonio Fischetti, dessins de Tignous (Charlie Hebdo - mai 2004)

Récit d'une infiltration qui a duré des mois

Un interminable interrogatoire de 200 questions m'est imposé dès mon arrivée
Celebrity caserne
Évangiles cotés en Bourse
Pur et mort à la fois
Hubbard Superglu
La Dianétique, présentée comme la vitrine de la Scientologie, n'est qu'une minable parodie de psychothérapie
Dinosaures scientologues
La morale expliquée à des enfants sous-doués
L'infantilîsatîon, premier stade de la manipulation
Les rois du dico
Mon aiguille a flotté
Des castes, comme chez les fourmis - Les trois stades du parcours scientologue («pré-clair», «clair» et «thétan opérant»)
La scientologie flique tout
L'electromètre, perlimpinpin à aiguilles

Les résultats condamnables de la scientologie

Extraits du procès des scientologues de Lyon en 1996 par le dessinateur humoriste Tignous (Charlie Hebdo hors série - mai 2004)
Des idées qui tuent

Stratégie politique de la scientologie

Le dossier au format pdf

 
SCIENTOLOGIE

LA SECTE LA PLUS BÊTE DU MONDE

Récit d'une infiltration qui a duré des mois

par Antonio Fischetti, dessins de Tignous (Charlie Hebdo - mai 2004)

 

Avec 7 millions de membres dans le monde, dont 2000 en France, la Scientologie est, de par son nombre, l'une des sectes les plus importantes. Également l'une des plus influentes politiquement, et l'une de celles qui ruinent le plus leurs adeptes. Mais aussi, sous une volonté de construction «scientifique d'un homme nouveau, l'une des sectes qui véhiculent les concepts les plus niais du monde.

Quand on arrive au local de la Scientologie, rue Legendre, à Paris, il suffit de s'attarder une fraction de seconde devant la vitrine. Aussitôt, vous vivez le calvaire d'un moustique pris dans une toile fourmillant d'araignées.

L'araignée n° 2 vous bondit dessus. Mesurez votre stress, susurre-t-elle dans un grand sourire. L'araignée n° 2 vous plaque les mains sur des tuyaux métalliques reliés à un appareil.

C'est le fameux «électromètre», vulgaire mesureur de résistance électrique dont les scientologues ont fait un instrument magique censé détecter «les variations de densité du corps» (voir pages suivantes). Pensez à un moment douloureux de votre vie, dit l'arachnide.

L'aiguille fait un bond. Forcément, l'émotion accroît légèrement la transpiration de votre peau, rien de magique là-dedans.

C'est alors qu'entre en piste l'araignée n° 3, qui vous demande de remplir un interminable interrogatoire de 200 questions.

Du genre :

«Vous déplacez-vous de-ci de-là lors d'une réunion mondaine ?»,
«Accepteriez-vous une discipline stricte ?»,
«Estimez-vous que l'on devrait dépenser plus d'argent pour la Sécurité sociale ?»,
 
«Permettriez-vous à quelqu'un de finir les deux derniers mots dans un jeu de mots croisés sans vous interposer ?»

À partir de là, le diagnostic est imparable: vous êtes déprimé (et ce, même si vous répondez au hasard). Ensuite, l'araignée n° 4 arrive. Elle vous assoit devant une vidéo où Ron Hubbard, le fondateur défunt de la Scientologie, est comparé à Bouddha ... car tous deux ont la modestie de dire: «Je ne suis qu'un humain.» Puis l'araignée n° 5 vous vend un livre de Bouddha-Hubbard sur la «Dianétique».

Au bout de deux heures, on vous laisse enfin partir. Mais non sans vous avoir demandé votre numéro de téléphone. C'est ensuite dix, vingt, trente coups de fil que vous recevrez, jusqu'à ce que vous finissiez par accepter un rendez-vous pour avoir la paix. Rien à redire, la mécanique est bien huilée.

 

 Celebrity caserne

«Je viens là pour me faire des relations pour les castings»

Un adepte aspirant comédien ébloui par Travolta

Ici, c'est un «Celebrity Center», c'est-à dire un centre habilité à recevoir les gens connus. Les vedettes françaises ne se bousculant pas, les scientologues se rattrapent en affichant les photos de leurs habituelles têtes de gondole américaines, comme Tom Cruise, Chick Corea et John Travolta.

Dans les couloirs, ça fourmille, ça court, ça papote. Toutes les cinq minutes, la sono diffuse une annonce pour réclamer un permanent dans tel ou tel bureau.

Dans le hall, la pièce sacrée de tout centre de Scientologie: le bureau de Ron. Symbolique dévotion respectueusement entretenue comme si le maître pouvait y venir d'un instant à l'autre. Pas un pan de mur sans un portrait de celui qu'on appelle simplement «Ron». À l'entrée des salles de cours, le panneau «Ne pas déranger les étudiants» est signé Ron Hubbard. Dans les toilettes, je suis même étonné de ne pas trouver la divine signature sur l'habituel écriteau priant de laisser les toilettes aussi propres qu'on aimerait les trouver.

Dans la librairie, les oeuvres du maître, déclinées sur tous les modes: collections luxueuses, bandes dessinées, cassettes audio et vidéo. Mais pas question de fouiner librement. Impossible de s'aventurer dix secondes dans la bibliothèque sans subir l'assaut d'un ange gardien : «Les livres de Ron Hubbard ne peuvent pas être survolés. Ce ne sont pas des romans, c'est une philosophie, tu ne comprendrais pas sans suivre des cours.»

Il suffit de cinq minutes dans l'antre de la Scientologie pour comprendre qu'elle est une secte totalitaire, puisqu'elle vérifie les deux premiers principes de toute dictature: l'omniprésence du portrait du leader, et la restriction de l'accès aux livres.

 

Évangiles cotés en Bourse

La première étape de mon entrée en Scientologie consiste à signer un «contrat» dans lequel je m'engage à ne pas dire du mal de l'organisation ... et même à ne pas avoir dans mon entourage des gens qui en disent du mal. S'ils savaient ... Mais surtout, le but de ce «contrat», dont il faudra que j'insiste lourdement pour avoir une copie, est de ne garantir aucun résultat avec les cours à venir.

En effet, les scientologues jouent sur deux tableaux. D'un côté, ils se gargarisent de termes pseudo-scientifiques en promettant la lune avec une prétendue «technologie du mental»; de l'autre, ils se couvrent en présentant ladite techno- logie comme une «religion»... parce quelle serait une «croyance en une sorte de Réalité suprême» (sic), qui réunit une «communauté de croyants» et «comporte des pratiques religieuses». Voilà bien le genre d'autoproclamation qui permet à n'importe quel charlatan de vêtir des habits «religieux» pour échapper à la fois aux impôts commerciaux et aux procès pour exercice illégale de la médecine.

Maintenant que je suis dans la toile, il me faut choisir par quel bout prendre le chemin qui me mène à l'état de «clair», premier stade de cet homme nouveau rêvé par Ron Hubbard. Des dizaines de cours me tendent les bras. Vais-je apprendre à mieux communiquer, à être une bonne mère de famille, à «améliorer [mon] mariage», ou à devenir un «spécialiste de l'éthique» ?

Pur et mort à la fois

C'est un «orienteur» qui m'aide à trancher. Derrière son bureau surmonté de l'incontournable portrait de Ron, le voilà qui me sert une parodie de psychanalyse sauvage sur un coin de table.

    «C'est quoi tes problèmes?»
    «Et au niveau des filles, ça se passe comment ?»

J'apprends que mon cas nécessite des séances de Dianétique suivies d'un cours intitulé «Valeurs personnelles et inté- grité» (voir pages suivantes). Mais l'essentiel n'est pas là. Mon guide me conseillera vite de franchir la première étape importante de tout parcours scientologue : la «purification». Le «purif», comme il dit, est destiné à me débarrasser des radiations et médicaments absorbés depuis que je suis né. Et là, ça devient sérieux. Parce que si les cours commençaient à quelques dizaines d'euros, le «purif» ne coûte pas moins de 2'400 euros. Pour ce prix, j'aurai droit à quatre heures de sauna par jour, tous les jours pendant un mois, associées à une cure de vitamine, la niacine, absorbée en quantité vingt-cinq fois supérieure à la dose normale.

C'est non seulement loufoque, mais aussi dangereux. On ne compte plus les dégâts causés par le «purif». En Italie, une adepte en est morte, à Lyon, une femme a contracté une maladie bulleuse (bulles de peau gonflées de sérum sanguin), en Suisse, un homme a attrapé une inflam- mation du larynx qui l'empêche maintenant d'exercer son métier de saxophoniste, etc.

Hubbard Superglu

 

Et après le «purif», quoi d'autre ? Il est évident que si j'y survis, je rien finirai pas de mengluer dans les mailles de la secte. Plusieurs soirs par semaine, ce seront des conférences, des cours, des réunions... Et, sans cesse, des livres et des cassettes à acheter...

Le dimanche, il y aura la «messe» pour entendre un adepte en uniforme à col blanc lire des textes de Ron Hubbard. Puis, très vite, il faudra donner un coup de main.

Ça sera soixante heures de boulot bénévole par semaine. Et débrouille toi pour gagner ta croûte à côté.

Pour se dépêtrer de la Scientologie, c'est forcément très dur.

Pour ma part, plusieurs fois par semaine et pendant six mois, j'ai eu des coups de fil de relance. Il faut être un moustique très revêche pour s'échapper de la toile scientologue.

 

LA DIANETIQUE, c'est chiant et ca ne à sert rien

La Dianétique, présentée comme la vitrine de la Scientologie,
n'est qu'une minable parodie de psychothérapie.
 

 

C'est un jeune mec gentil qui me fait face, très propre sur lui, le genre bon élève souriant, prêt à diriger mes «auditions de Dianétique». Le rituel est immuable.

Chaque séance commence par: «Tu as bien mangé, rien ne te dérange dans la pièce ? Parfait, la séance peut commencer.»... et se termine par «5,4,3,2,1» suivi d'un claquement de doigts en disant «Annulé !».

La Dianétique, Hubbard a écrit des milliers de pages dessus, mais le principe est tellement bête qu'on peut le résumer en deux phrases. Imaginons qu'un jour tu tombes de ta chaise: c'est un «incident». Tu te blesses et, au même moment, quelqu'un passe l'aspirateur. Depuis, tu te sens mal à l'aise chaque fois qu'on passe l'aspirateur: c'est un «engramme».

La Dianétique consiste à se débarrasser de ses engrammes en les racontant indéfiniment. Et c'est tout.

Jusque-là, finalement, pourquoi pas. Il me faut raconter un premier incident. Je ferme les yeux et j'explique comment je suis rentré dans un platane à vélo quand j'avais quinze ans.

Parler de soi est toujours plaisant ... Au début. Mais beaucoup moins quand il faut raconter cet incident une deuxième fois. Puis une troisième. Puis une quatrième ... Ça rien finit pas. Très vite, l'exercice devient extrêmement ennuyeux. D'autant qu'il faut donner chaque fois de nouveaux détails complètement insignifiants, la couleur du vélo, le temps qu'il faisait, etc.

Il faut raconter et raconter, jusqu'à ne plus éprouver la moindre émotion, ce qui est le signe que je suis débarrassé de mon engramme. Mon platane me sort déjà par les yeux et l'émotion est partie depuis longtemps... Mais c'est parce que je m'emmerde, et la théorie de Ron n'a rien à voir là-dedans !

À peine fini, il faut recommencer avec un deuxième incident. Puis un troisième, et comme ça pendant deux heures. À force de remonter dans le temps, je finis par raconter ma naissance pour rigoler ! Ce qui ne dérange pas d'un poil mon «auditeur». Pour lui, tout va bien, du moment que les crétins rituels sont respectés.

Dinosaures scientologues

La Dianétique n'est qu'une indigente parodie de psychothérapie. Mais alors que cette dernière est fondée sur les riches associations d'idées à partir des souvenirs, la Dianétique riest qu'un mot pompeux qui masque d'insipides et ennuyeux radotages. Elle ne sert à rien.

Pourtant, ça n'empêche pas les scientologues de s'«auditer» tous les jours et durant toute leur vie. Au début, je ne comprenais pas ce qu'ils pouvaient avoir à raconter, vu que moi j'avais fait le tour de la question au bout de deux séances.

Et finalement j'ai compris que c'est à cause de la réincarnation - un pillage du bouddhisme, vu que Ron Hubbard n'a jamais rien inventé, ses théories n'étant que du grapillage de concepts existants. Donc, les scientologues passent leur vie à s'auto-auditer grâce à l'électromètre, censé détecter leurs émotions. Et à cause de la réincarnation, ils se racontent des incidents survenus dans les vies précédentes: une chute de cheval au Moyen Âge, ou une poursuite par un brochet dans une vie de têtard...

Ça rien finit pas, puisque selon Ron Hubbard tout être humain a un passé d'au moins 4 quatrillions d'années. Il faut quand même savoir que c'est plus ancien que l'âge de l'Univers. Les scientologues «auditent» donc des moments vécus à une époque où la matière n'existait pas. On comprend pourquoi ils n'aiment pas les psychiatres (voir encadré). Tout simplement parce qu'ils ont peur d'être enfermés.

FATWA SUR LES PSYCHIATRES

Les psychiatres ont inventé le LSD, sont responsables du génocide des Juifs et de l'aparthéid en Afrique du Sud. Aujourd'hui, ils sont aux côtés de Ben Laden. C'est du moins ce qu'affirment les scientologues. Voici un exemple de ce qu'on peut lire dans l'une de leurs nombreuses publications, à propos des attentats islamistes:

Ne soyez pas dupes. Les gens n'acceptent pas normalement de missions suicidaires pour tuer d'autres gens. Ces gens ne viennent pas au monde de la sorte; ils sont créés. Ils sont drogués, hypnotisés, et reçoivent des implants, l'outil classique du psychiatre. Nous ne parlons pas là de conjectures, mais de faits. Et si vous en doutez, regardez la chose de plus près: le bras droit du suspect numéro un, Osama bin Laden, est un psychiatre.

Hors-série SECTES CHARLIE HEBDO

 

Comment je suis devenu intègre grâce à Ron Hubbard

En suivant le cours «Valeurs personnelles et intégrité»
Sa finalité: la morale expliquée à des enfants sous-doués
 

Extraits d'un manuel scientologue :

Lorsqu'une personne a accumulé suffisamment d'overt et de retenues envers un individu ou dans un domaine particulier de la vie, ici un mariage ...

...elle devient critique et trouvera à redire con- cernant cet individu ou ce domaine de la vie ...

 

... ce qui justifie pour lui un départ, un «blow». Les gens partent à cause de leurs propres overts et retenues.

 

Dans son costard, le prof évoque un mélange de vendeur de matériel informatique et de curé.

Chaque fois, c'est un incontournable rituel militaire.

Quand il dit «Bonjour», tout le monde répond «Bonjour» en choeur. Quand il fait l'appel, tout le monde répond «Présent» en choeur.

Le principe : lecture des textes de Ron dans un manuel de cours, puis exercices pour montrer qu'on a bien compris.

Pour commencer, je dois expliquer le mot «intégrité». Si vous croyez en connaître le sens, oubliez votre définition, puisqu'elle riest pas celle du gourou : «L'intégrité, c'est "je sais ce que je sais".»

Ne cherchez pas à comprendre, mais contentez -vous de construire dix phrases avec le mot «intégrité». Tout est du même tonneau.

Plus loin, je lis: «Il ne faut pas nécessairement avoir d'esprit d'ouverture.»

Mais comme je demande des explications, le prof mapporte juste un dico pour expliquer le mot «nécessairement»... et cela, grâce au synonyme «forcément» !

Heureusement, il traduit:

«Ça veut dire qu'on sait ce qu'on sait.» Je n'en saurai pas plus.

À un moment donné, tout cela m'insupporte tant que je bâille. Du fond de la salle, le prof accourt, un dico sous le bras.

Car dans le dogme scientologue, si vous bâillez, c'est forcément que vous butez sur un mot.

Ron ri ayant jamais écrit qu'un bâillement puisse être provoqué par l'ennui, voilà mon prof qui me fait relire toute la page en cherchant le mot que je n'ai pas compris. Comme il n'y en a aucun, il s'affole et repart perplexe, son dico sous le bras: ça ne colle pas avec la théorie.

De temps à autre, la pensée de Ron se complique. Notamment quand il écrit: «Si quelqu'un commence à détruire au-delà de ce qui est nécessaire pour construire, il se trouve très vite plutôt en mauvais état. Il se retrouve dans l'état où était l'Allemagne nazie.»

Je demande au prof si ça veut dire que Hitler a juste construit trop de camps de concentration, mais que ça irait s'il en avait construit un peu moins. Ce court-circuit dialectique fait disjoncter les trois neurones du prof: «Heu, je ne connais pas bien l'histoire.»

Un méfait est soit un overt soit un motivateur selon le point de vue que l'on adopte. tout motivateur a tendance à susciter un autre overt (celui qui a été farappé, pierre, risque de frapper à son tours ou à chercher à se venger) et la personne va donc avoir beaucoup de difficultés dans les domaines de sa vie dans lesquels elle a commis des overts.

CHARLIE HEBDO Hors-série SECTES

 

L'infantilisation, premier stade de la manipulation

Après le dico, l'outil scientologue par excellence est la «boîte à démonstration», plus communément appelée «boîte à démo». Des galets de différentes tailles et de différentes couleurs, et des élastiques. Par exemple, quand Ron explique le «code d'honneur», à savoir une suite de règles du genre: «Le bien, c'est plus de bon que de mauvais», «Ne jamais abandonner un groupe auquel vous devez votre soutien», «Ne craignez jamais de blesser quelqu'un pour une cause juste» (là, je suppose que c'est pour s'autoriser à bastonner les adversaires de la secte), etc.

La boîte à démo sert à montrer que vous avez bien compris

Suis-je certain d'avoir capté qu'il faut aider les gens en détresse ? Alors, je dois imaginer un scénario. Ce galet blanc, c'est moi. Le rouge, c'est une grand-mère. Elle traverse la route représentée par l'élastique. Une voiture (caillou vert) survient. Je vais l'aider, en déplaçant le galet blanc.

Impossible de se dérober à cet exercice débile, puisq'une «vérificatrice d'exercices» passe me demander de mimer mon histoire. Une seule fois, j'ai fait semblant de ne pas comprendre. Toujours selon le credo sciento, la vérificatrice était persuadée que c'était parce que je n'avais pas compris un mot. On m'a emmené dans une salle à part, face à une «clarifi- catrice de mots» équipée de son dictionnaire. Et me voilà à nouveau, comme après ce fameux bâillement intempestif, en train d'expliquer les mots un par un !

Si je comprends tous les mots, il n'y a jamais aucun problème. Quand il m'a fallu donner un exemple de situation où je n'ai pas été «éthique», j'ai raconté tout bonnement que j'avais tué quelqu'un ! Parfait, puisque j'avais compris tous les mots !

Dans la salle, où nous sommes entre cinq et dix selon les heures, il y a de tout: une fille d'une vingtaine d'années, un sexagénaire, etc. Chacun est publiquement ridiculisé, mais c'est le but: l'infantilisation est une phase clé de la manipu- lation mentale.

Les rois du dico

Malencontreusement enrhumé, j'ai le malheur de renifler. Panique dans la salle. Sans tarder, on me conduit au sous-sol pour une séance d'«assist». Explication: «C'est ce que les scientologues ont appliqué le 11 novembre à New York.» Je m'allonge, et une femme fait glisser ses mains sur mon corps comme pour m'épousseter: c'est comme ça que les sciento- logues se soignent.

Je comprendrai plus tard les raisons de cet étrange intérêt pour mes bobos. Car, au sujet de la santé, Ron a écrit: «Une personne qui s'automutile avec la maladie ou un accident essaie de devenir éthique en diminuant son amplitude à nuire, voire même en s'éliminant totalement de l'environnement où elle a nui.»

En clair, on se rend inconsciemment malade parce qu'on n'est pas intègre, et on cherche ainsi à éviter de nuire aux autres. Ron Hubbard donne même en exemple les lépreux. Sans doute ont-ils péché dans une vie antérieure ... (Une habile technique manipulatrice de culpabilisation et d'introversion. Remarque d'anti- scientologie)

Après douze heures de cette torture vient enfin l'épreuve finale: une rédaction où je dois raconter mes «overts», autrement dit mes mensonges. Sous des mots nouveaux, c'est la bonne vieille confession chré- tienne. À la différence que le curé de mon enfance avait au moins la pudeur de faire ça en cachette, tandis qu'à la Sciento chacun doit raconter ses «péchés» à haute voix en présence des autres élèves. Au fond, c'est très subtil: encore une façon de mettre l'adepte encore plus à nu, pour le prédisposer à la soumission totale.
 

«La scientologie est une science finie: si on l'applique elle donne forcément 100% de résultats» Un cadre scientologue

Mon aiguille a flotté

Enfin, je vais avoir mon diplôme. Mais avant, il faut rédiger une «lettre de satisfaction» et la soumettre à un examinateur. Les mains sur les cylindres métalliques de l'électromètre, j'affirme être satisfait du cours, et prêt à continuer. Profitant que l'examinateur s'absente un instant, je lis les instructions sur son papier: elles précisent que si le candidat veut arrêter il faut le «manier» jusqu'à ce qu'il revienne.

Comme je tiens à mon diplôme, je mens, ce qui devrait se voir sur l'électromètre si celui-ci est efficace. Et voilà que l'examinateur me lance: «Ton aiguille a flotté.» J'ai un instant de doute : verrait-il que je me fous de sa gueule ? «Pardon, ça veut dire quoi ?» Mais non, fausse alerte, c'est une bonne chose que l'aiguille flotte. Je ne lui ai pourtant raconté que des bobards !

Hors-série SECTES CHARLIE HEBDO

 

DES CASTES, COMME CHEZ LES FOURMIS

Le parcours du scientologue est jalonné par trois grandes stades. On les appelle «pré-clair», «clair» et «thétan opérant». Ces derniers (OT pour les initiés) constituent l'aristocratie de la pyramide, et se subdivisent en degrés: OT1, OT2, etc., jusqu'à OT8, qui est le plus haut grade.

Pour l'instant, on compte 2000 OT8 dans le monde, et les autres échelons, c'est à-dire OT 9 et au-delà, seront créés dès que «l'humanité sera suffisamment mûre», expliquent les fans de Ron. Le but de chaque scientologue est de devenir OT. D'après la littérature de la secte, il peut «avoir un corps mais n'est pas obligé d'en avoir un pour contrôler et opérer sur la pensée, la vie, la matière, l'énergie, l'espace et le temps». Un pur esprit, quoi.

Théoriquement, il paraît qu'un OT peut faire l'éviter des objets: bien qu'aucun scientologue n'y parvienne encore, cela ne saurait tarder, jurent les plus aguerris. En fait, c'est la même chose dans toutes les sectes: on rêve d'une race supérieure. Précisons que cela a un coût, de devenir pur esprit: au minimum 150'000 euros ce qui est répartis sur une dizaine d'années de cours.

Quand on est scientologue, c'est comme dans une armée, chacun a une fonction bien déterminée. La vie devient rythmée par ce qu'on appelle les «stats» (statistiques), qui comptabilisent les cours, stages et inscriptions vendus. Les «stats» doivent augmenter sans cesse, sous peine de réprimandes ou de punitions.

L'argent récolté est envoyé aux organisations plus élevées dans la hiérarchie (à Copenhague pour les centres européens).

Comme dans toute armée, l'information fait l'objet d'un soin particulier. Quand vous avez un grade, il est formellement interdit d'avoir accès aux infos concernant un grade plus élevé. La preuve, un soir, ily avait une conférence d'adeptes qui revenaient de «Flag», la Mecque de la Scientologie, située dans la ville californienne de Clearwater. Bien qu'il me fût interdit d'assister à cette réunion, je suis parvenu à m'y glisser. Il fallait voir les bienheureux élus se gargariser de termes anglais, de «drill», de «random», de «rundown»... Je me souviens de cet homme d'une cinquantaine d'an nées qui exultait: «Après FLag, on sait tout. TOUT !» Et concrètement, ça sert à quoi ? Le voilà qui raconte comment il s'est retrouvé à faire des pages d'écriture, car il écrivait mal !

Il fallait les voir aussi, à la sortie, mes deux gardes-chiourme, terrorisés de ce que j'avais pu découvrir: «On avait peur qu'il y ait des choses que tu ne comprennes pas.» Pas question de fureter en dehors des clous!

La Scientologie flique tout

Elle a ses services secrets, l'Office des affaires spéciales, chargé d'intimider les opposants, de les prendre en filature, voire de voler leur courrier.

Sur Internet, la secte possède même un véritable site de délation (www.rtc.org), où chaque adepte est tenu d'envoyer un rapport anonyme sur toute personne «étant extrêmement critique vis-à-vis de la Scientologie».

Bref, avec tout ça, qui peut encore affirmer que la Scientologie n'est pas une organisation fasciste ?

 

L'electromètre, perlimpinpin à aiguilles

Toute la doctrine scientologue est fondée sur l'analyse des émotions par l'électromètre. Un appareil qui, d'après la secte, «mesure les changements que l'être spirituel produit dans son propre mental. Autrement dit, le mouvement des masses mentales qu'il produit autour de lui. C'est la raison pour laquelle il s'agit d'un instrument religieux».

En réalité, ce salmigondis insensé cache un vulgaire mesureur de résistance électrique. Quand vous transpirez légère- ment, le courant passe mieux et l'aiguille bouge. Mais cela ne corrobore en rien les pouvoirs que les scientologues prêtent à cet appareil.

Hors-série SECTES CHARLIE HEBDO

 

Dessins de Tignous

 

Des idées qui tuent

André¹ et Éric étaient scientologues. Tous deux sont morts à Copenhague, le siège européen de la secte. Le premier d'un cancer non soigné, le second de faim. Les faits remontent à 2002, mais personne n'en a jamais parlé

Après quinze ans de Scientologie, André avait choisi d'habiter la capitale danoise. Mais un jour, André tombe malade. Cancer. Même si ce n'est pas la Sciento qui a fourni les métastases, les dogmes de la secte n'ont certainement pas arrangé les choses. Car pour les scientologues, n'importe quelle charlatanerie vaut, mieux que les médicaments des médecins.

À Copenhague, les scientologues ont leur clinique fétiche, appelée Humlegaarden. Pour 6'000 euros le séjour de trois semaines, on vous traite avec des décoctions de gui et des cures de vitamines. C'est donc là que la Scientologie envoie André.

Son état de santé dégénère vite. Apprenant la situation, le frère d'André décide de partir pour Copenhague. Ce qu'il voit le sidère. «Je n'ai pas rencontré un seul infirmier, ni d'ailleurs personne en blouse blanche. J'ai trouvé mon frère sur un lit, couché et intubé. Les locaux étaient d'une propreté relative, il n'y avait rien de stérile.» Par contre, aucun mur riest épargné par la pub scientologue. «Partout, des affiches, des posters et des livres de Ron Hubbard. Aussi bien dans le hall d'entrée que dans la chambre de mon frère.»

Scientologue pour l'éternité

Quelques jours après cette visite, André meurt. Pour son frère, il ne fait aucun doute que la secte est responsable de l'absence de soins prodigués à André, et donc de sa mort.

Des poîreaux contre les métastases

Le cas d'Éric est différent. À trente-cinq ans, il est scientologue depuis onze ans, et lui aussi a rejoint l'«élite» de Copen- hague. Cependant, comme il n'a pas de quoi payer ses cours, il travaille pour la secte. Chaque semaine, il se tape donc soixante heures de permanence, en plus de la quinzaine d'heures de «formation» obligatoires. En contrepartie, la sciento lui octroie l'équivalent de 15 euros par mois.

Ce régime finit par miner Éric. Comme il se rebelle, il est envoyé au goulag de la Sciento: le programme de rééducation, que les scientologues appellent «RPF» pour «Rehabilitation Project Force». Les punis sont reclus dans une pièce sans chauffage, située au sous-sol d'un immeuble de la secte. Marqués d'un brassard gris ou noir, ils passent leur temps à faire le ménage. Interdiction d'écouter de la musique, de regarder la télé, d'aller aux toilettes sans permission, et de parler autrement que par écrit après autorisation préalable... et même de marcher: il faut courir en permanence.

Lavement du cerveau

Après le RPF, Éric décide de fuir la secte. L'ennui, c'est qu'il a signé un contrat pour un milliard d'années. En effet, comme les scientologues croient en la réincarnation, la durée de leur contrat dépasse largement celle d'une vie humaine. Même si vous devenez cloporte dans une vie future, vous restez un cloporte scientologue.

Éric parvient quand même à quitter la secte, mais il lui faut payer la «dette de déserteur», qui se monte à 2'500 euros. Le problème, c'est que Éric ne reçoit que les 700 euros d'aide sociale de l'État danois. Si bien qu'après avoir payé son loyer, l'ex-adepte n'a même plus de quoi se nourrir. De plus, comme il est imprégné de l'idée qu'il a besoin d'être «purifié», il se met à suivre des cours de «nettoyage intestinal» dans une «école de méditation». Ce qui l'amène à s'alimenter d'ail, de citron ... et rien d'autre. De jour en jour, il s'affaiblit. Et un jour ses voisins retrouvent un corps éteint sur le carrelage de sa cuisine. Éric pèse alors 45 kilos.

Bien sûr, André et Éric n'ont pas été tués directement par la Scientologie. Mais les croyances dont ils étaient imprégnés ont nettement contribué à raccourcir leur vie. La manipulation mentale peut tuer de différentes manières, et celles de la Scientologie, même quand elles sont subtiles, n'en sont pas moins efficaces.

1. Ce prénom a été changé à la demande de la famille.

CHARLIE HEBDO Hors-série SECTES

 
Comment la droite française protège les sectes de la police
Charlie Hebdo, hors série N° 18, mai 2004 par Antonio Fischetti
[Texte intégral]

dessin de Tignous

Un officier des RG, Arnaud Palisson, s'est vu écarté du dossier des sectes pour avoir rédigé une thèse sur la Scientologie. L'affaire illustre bien la politique du gouvernement de droite. Depuis la réélection de Chirac en 2001, les consignes du gouvernement se font de plus en plus claires pas touche aux sectes.

Au départ, Arnaud Palisson est un spécialiste du droit. Il décide alors de consacrer sa thèse de doctorat à la Scientologie. Avec tous les délits commis par la secte, ce n'est pas a matière qui manque. En même temps qu'il bûche sa thèse, il entre aux Renseignements généraux, où il devient le Monsieur Scientologie. Jusque-là, tout va bien. Mais c'était une époque d'avant Raffarin-Sarkozy.

Les ennuis d'Arnaud Palisson commencent quand il soutient sa thèse, en 2002. La Scientologie cherche d'abord à faire annuler le doctorat auprès du tribunal administratif. «Car M. Palisson est un fonctionnaire de police et il a fait cette thèse dans le cadre de ses fonctions», bredouille Danielle Gounord, porte-parole de la secte.

La requête est (heureusement) rejetée et Arnaud Palisson obtient son doctorat. Il en fait alors un livre (1). Re-pressions auprès de l'éditeur, Pierre-Marcel Favre: «Les scientologues m'ont téléphoné pour chercher à me rencontrer, mais j'ai refusé.» En revanche, aucune plainte contre le livre. «Car c'est un bouquin sans valeur», explique Danielle Gounord. Tu parles, la vérité, c'est qu'il est juridiquement inattaquable. Pour finir, Arnaud Palisson met sa thèse en accès libre sur Internet (2).

La logique voudrait que l'auteur d'un tel travail soit gratifié d'une promotion, ou du moins d'une reconnais- sance d'estime. Mais c'est tout l'inverse qui se produit, comme le raconte Pierre-Marcel Favre: «La hiérarchie d'Arnaud Palisson lui a demandé de ne pas maintenir la thèse sur Internet. Mais il l'a conservée, et Arnaud a été mis au placard. On lui a demandé de ne plus travailler sur les sectes. À sa place, on a mis quelqu'un d'autre, qui ne connaît pas la Scientologie.» Le brillant officier aurait-il été sanctionné pour avoir divulgué des dossiers secrets ? «Pas du tout, il a fait un travail d'enquête, mais avec des documents publics qu'il cite et qu'on peut trouver partout», explique Roger, le créateur du site hébergeant la thèse d'Arnaud Palisson.

Les gourous, alliés objectifs du Medef

Le fonctionnaire des RG ne peut pas s'exprimer à cause du devoir de réserve. Quant au service de commu- nication de la Direction générale de la police nationale, il se borne à la version officielle: «C'est M. Palisson qui a demandé lui-même son changement d'affectation.» Peut-être, oui, à force d'être placardisé ... Mais on voit mal comment, à peine son travail abouti, un spécialiste qui a consacré de longues années à un sujet solliciterait un changement d'affectation sans y être gentiment poussé ... Alors quoi ?

Des pressions de la Scientologie auprès du ministère de l'Intérieur ? Peut-être... Mais la raison de l'éviction d'Arnaud Palisson, c'est surtout la volonté de calmer le jeu sur les sectes. Pas de vagues chez les gourous, voilà la consigne du gou vernement de droite ! Les conséquences sont visibles à tous les niveaux.

Prenons la mission gouvernementale qui s'occupe des sectes, créée par Alain Vivien. Au départ, elle s'appelait la Mils, «Mission interministérielle de lutte contre les sectes». Aujourd'hui, elle est devenue la Miviludes, «Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires».

Petit détail hautement parlant: alors que les RG faisaient partie de la Mils ... les voilà tout bonnement virés de la Miviludes ! On ne pouvait pas mieux faire pour leur suggérer de lever le pied sur les sectes.

Encore un détail. Depuis onze ans, le scientologue Michel Raoust demandait l'accès à son dossier aux RG. Ces derniers avaient toujours refusé, comme ils en ont le droit, en invoquant la «sûreté de l'État». Mais Michel Raoust a tellement joué les sangsues de tribunal que l'affaire est arrivée devant le Conseil d'État ... qui vient de donner raison au scientologue.

Cela ravit évidemment les adorateurs de Ron Hubbard, qui avaient naguère exigé rien de moins que la disso- lution des RG ! Le gouvernement Raffarin peut faire mine de chouchouter les flics. Tout va bien tant qu'ils s'attaquent aux sans- papiers. Mais gare à leurs galons s'ils s'aventurent à taquiner les escrocs drapés de religion. Évidemment, les sectes sont sacrément utiles à un gouvernement qui n'a de cesse de saborder la santé, la culture et la recherche. Pendant que les gens récitent des mantras ou rêvent de changer le monde en méditant, au moins, ils ne descendent pas dans la rue. 

 

1. «Grande Enquête sur la Scientologie. Une secte hors la loi», Editions Favre, 2003.

2. Thèse d'Arnaud palisson

 
La main scientologue sur l'Europe
 
Charlie Hebdo hors série, par Antonio Fischetti
[Texte intégral]
 
 

A chaque session du conseil de l'Europe, à Strasbourg, les scientologues s'invitent. Sous couvert de lutte pour les droits de l'homme, ils parviennent à convaincre de nombreux parlementaires de signer des textes en leur faveur. On a espionné leur manège.

Pour les trouver, pas difficile : ilsuffit de traîner au bar des parlementaires. Ils sont quatre, toujours les mêmes. La dame aux cheveux blancs qui fume clope sur clope, le bellâtre en chemise turquoise, le grand chauve respectable et le jeune loup en costard. On les confondrait facilement avec des attachés parlementaires, et il faut vraiment se pencher pour découvrir leur simple badge «visiteur».

Le premier jour, ils ne décollent pas du bar. Feuillettent l'annuaire des parlementaires et prennent des rendez-vous. Juste un verre avec quelques députés. Ils connaissent tous les recoins, tous les bureaux. Forcément, à chaque session du Conseil de l'Europe ils sont là, quatre fois par an, et depuis des années.

De mémoire de parlementaire, on n'a jamais vu lobbystes plus assidus. Ils inondent les casiers de leurs brochures, et, un jour, ils ont même filé le livre de Ron Hubbard à tous les élus européens.

Alerte ! Le jeune loup prend l'ascenseur. Petite filature ... Je le retrouve au sixième étage ... qui fait ses photocopies ! Les couloirs sont accessibles, la plupart des bureaux sont ouverts, et vides le plus souvent. Les scientologues peuvent piquer tous les dossiers qu'ils veulent.

Après Brejnev, Ron Hubbard

Ça défile à la table des lobbystes. Je les vois discuter avec un septuagénaire. C'est le Russe Sergueï Kovalev, ancien dissident soviétique, passé par le goulag pour son combat en faveur des droits de l'Homme, et représentant de l'Union des forces de droite à la Douma.

Une heure plus tard, je retrouve la troupe au bureau de la «Commission des droits de l'Homme». Le Russe est tout excité. Il veut sans tarder organiser un colloque sur la psychiatrie. Évidemment, les internements abusifs, ça lui rappelle des souvenirs. Quant à Ron Hubbard, il ne connaît pas. Faut dire que la secte s'est présentée au nom d'un de ses cache-sexe, le Comité des citoyens pour les droits de l'Homme. On devine la manoeuvre. Ils vont proposer leurs propres «experts» pour vendre la Dianétique en remplacement de la psychiatrie officielle. Et les opposants aux sectes (Français en tête) vont encore devoir ramer pour convaincre les parlementaires du risque de manipulation.

La tenaille des bigots

J'ai fait le calcul : dans tous les textes pilotés par la Scientologie (voir encadré), la moitié des signataires sont originaires de pays nordiques (Danemark, Angleterre, Pays-Bas ...), et l'autre moitié de pays de l'Est, genre Azerbaïdjan, Slovaquie ou Roumanie ... (le Conseil de l'Europe, à ne pas confondre avec le Parlement européen à Bruxelles, compte quarante-cinq États, qui ne sont pas forcément membres de l'Union européenne).

Les pays du Nord se justifient par une tradition de tolérance par principe. Admettons. À l'Est, c'est différent. Certains ont souffert de véritables persécutions et défendent en toute candeur la liberté religieuse. D'autres, plus hypocrites ont une conception sélective de la «liberté» puisqu'ils la brandissent pour défendre le droit d'idolâtrer et d'enrichir le premier timbré venu, alors qu'ils jettent leurs opposants politiques en prison.

Si on se contente d'observer ce qui se passe en France, le concept de danger sectaire est relativement admis par l'opinion. Mais il n'en va pas de même dès qu'on franchit les frontières ... et il suffit même d'un voyage à Strasbourg pour déchanter. C'est bien simple : prise en tenaille entre le Nord et l'Est, laïcité ne survit que dans trois bastions, la France, la Belgique et l'Allemagne. Et le jour où le combat anti-sectes sera abandonné dans ces pays, il ne restera plus grand monde pour le poursuivre.
 

QUELQUES SUCCÈS `DU LOBBY SECTAIRE AU CONSEIL DE L'EUROPE

Février 2000: Résolution qui impose à L'Arménie et à l'Azerbaïdjan de reconnaître les Témoins de Jéhovah comme religion.

Avril 2001: Déclaration signée par un groupe de parlementaires dénonçant les menaces pesant sur la liberté religieuse en France.

Mai 2002: Recommandation qui condamne le traitement médical des enfants hyperactifs, autre cheval de bataille de la Scientologie.

Septembre 2002: Résolution qui «invite instamment les autorités arméniennes à enregistrer les Témoins de Jéhovah comme organisation religieuse».

Novembre 2002: Résolution qui «invite le gouvernement français à revoir la loi About-Picard contre les sectes»

Janvier 2003: Déclaration vantant les mérites de Narconon, la pseudométhode scientologue de lutte contre la toxicomanie.

 
Interview de Dave Touretsky, spécialiste de la Scientologie aux États-Unis

La Scientologie joue-telle un rôle politique aux États-Unis ?

Oui, car elle essaie de rallier de nombreux politiciens à sa cause. Elle a son propre représentant au Congrès, Sonny Bono. Avec Moon, c'est la secte la plus active politiquement.

Comment s'y prend-elle concrètement ?

La Scientologie agit principalement à travers ses groupes paravents comme le Comité des citoyens pour les droits de l'Homme. Celui-ci rganise des conférences sur des sujets très variés, dans tous les États.

Quels sont ses principaux chevaux de bataille ?

La Scientologie s'est battue contre l'utilisation de la Ritaline pour les enfants hyperactifs. Elle a aussi fait du lobbying contre l'Institut national de la santé mentale. Elle a encore milité contre une loi qui oblige les assurances à accorder le même type de remboursement aux soins psychiatriques qu'à tout autre type de soin. D'autre part, il y avait une loi au Texas qui interdisait aux médecins d'avoir des relations sexuelles avec leurs patients. Eh bien, la Scientologie s'est battue contre cette loi.

Comment George Bush se comporte-t-il sur la question des sectes ?

Il a récemment pris une initiative qui permettait au gouvernement de financer des églises ayant des services sociaux. Les gens ont eu peur que cela finance aussi les sectes. Alors, pour s'en défendre, Bush a dénigré la Scientologie. Lui-même ne semble pas avoir de liens avec les sectes, mais, dans son administration, certaines personnes sont proches de Moon. C'est d'ailleurs aussi le cas de son père.

Y a-t-il des citoyens qui sont prêts à militer pour une loi contre les sectes aux États-Unis ?

La liberté religieuse est prise très au sérieux chez nous. Aucun Américain ne voudrait voir interdire un groupe. Par contre, nous voudrions que les sectes soient davantage punies quand elles commettent des actes illégaux. Par exemple, beaucoup de gens aimeraient que La Scientologie soit condamnée pour sa responsabilité dans la mort de Lisa McPherson [une adepte mystérieusement morte en 1995 dans la ville scientologue de Clearwater: elle était sous-alimentée, déshydratée, et son corps présentait des traces de contusion et des morsures de cafards. l'enquête est toujours en cours/ Au final la scientologie pour éviter le procès à indemniser la famille de la victime. Note d'anti-scientologie].

  Hors-série SECTES CHARLIE HEBDO (index)

 

 

«Ron Hubbard, le gourou démasqué» de Russell Miller
 
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» résumé - hml
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» html
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» pdf
«The Bare-Faced Messiah» by Russell Miller pdf - 394 pages - English
 
Ce livre de Russell Miller révèle la face cachée de l'église de scientologie.
On y découvre un Ron Hubbard, malade, mythomane et poursuivi par la justice.
Il est disponible en format pdf ou html. Nous avons également publié une version résumée.
 

Exposing Scientology through streaming video

                             

Ces reportages vidéo dénoncent les dangers de la thérapie de scientologie. La scientologie est une nébuleuse sur laquelle ont enquêté de nombreux journalistes. Il suffit de répondre une fois à un questionnaire pour recevoir des prospectus et des invitations. Au départ elle peut même paraître séduisante mais très rapidement les premières dérives apparaissent.

 

Témoignage de
Jean-Luc Barbier
                                        
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