C'est
le nouveau mouvement à la mode. Aux Etats-Unis, le Centre
d'étude de la kabbale est en passe de détrôner
la Scientologie. En France, l'organisation, qui attire les stars
du showbiz et leur fortune, est sous surveillance
Dans une
société aujourd'hui de plus en plus éprise
d'ésotérisme et demandant toujours plus de réponses
à des questions qui n'en ont pas forcément, certains
ont flairé le bon filon. C'est dans le petit monde des
célébrités, un milieu où l'on «se
perd», semble-t-il, plus facilement qu'ailleurs, que le
credo fonctionne le mieux. Pour preuve, l'extraordinaire développe-
ment
d'une organisation, fortement décriée, s'inspirant
des textes les plus mystiques du judaïsme, le Centre d'étude
de la kabbale.
Même
la puissante Eglise de scientologie vacillerait face à
ce nouveau mastodonte. La rock star Madonna, qui se fait dorénavant
appeler Esther, en assure une promotion de tous les instants,
comme lors de ses concerts-événements au Palais
omnisports de Paris-Bercy début septembre. De la chanteuse
Britney Spears à l'actrice Elizabeth Taylor en passant
par le couple Beckham ou Demi Moore, elle attire dans son sillage
une myriade de stars qui portent toutes au poignet le bracelet
rouge, emblème du mouvement.
Plus de
4 millions de personnes se seraient intéressées
à cette philosophie, qui a implanté des antennes
dans 40 pays et génère des dizaines de millions
d'euros de chiffre d'affaires. Pour ses détracteurs,
le Centre d'étude de la kabbale, créé aux
Etats-Unis en 1962 par un agent d'assurances qui s'est renommé
pour l'occasion Philip Berg, n'est en effet rien d'autre qu'un
immense business mondial, non sans danger pour ses adeptes.
Les organisations
officielles juives mettent en garde la communauté à
ce sujet et d'anciens adeptes se plaignent de pressions financières
excessives, dénonçant même pour certains
une forme de charlatanisme. C'est bien là le plus grave.
Car si, parallèlement à ses enseignements, le
Centre d'étude de la kabbale recrute en effet de gentils
bénévoles et vend toute une série de produits
dérivés: livres du gourou, tee-shirts, médaillons,
certains de ses préceptes peuvent pour le moins perturber
les plus fragiles. «La mort n'existe que pour confirmer
qu'elle n'existe pas», «aucun médecin n'a
jamais soigné personne»: Philip Berg a parfois
des formulations inquiétantes.
«Son
aspect spirituel n'est qu'un prétexte»
En France,
la mission interministérielle de vigilance et de lutte
contre les dérives sectaires (la Miviludes) enquête
et a demandé à différents services (renseignements
généraux, Education nationale...) de faire remonter
le maximum d'informa- tions à son propos.
A Paris,
l'Unadfi, le centre d'accueil, d'étude et de documentation
sur les mouvements sectaires, a déjà recensé
deux victimes françaises. Une mère de famille,
dont les enfants s'inquiètent qu'elle dilapide tous ses
biens au profit du Centre de la kabbale, et une étudiante
de 26 ans, qui, après ses premiers cours d'initiation,
s'est coupée de sa famille, lâchant peu à
peu ses études tout en maigrissant d'une manière
inquiétante. «Ce mouvement promet aux gens de découvrir
le sens caché d'un texte millénaire, la kabbale,
explique un policier spécialisé. Mais ce n'est
rien d'autre qu'une spiritualité vendue clés en
main. Cette organisation est surtout dirigée par le culte
de l'argent de son gourou. Son aspect spirituel n'est qu'un
prétexte. Il peut y avoir des dérives physiques.»
Remontant
aux origines et à Moïse sur le mont Sinaï,
la «vraie» kabbale désigne l'ensemble de
l'ésotérisme judaïque. Elle est accessible
depuis le Moyen Age et la parution du Zohar, le Livre de la
splendeur. Ces textes sacrés, écrits en ara- méen,
ne sont normalement accessibles qu'à des hommes de confession
juive âgés de plus de 40 ans et mariés.
Philip
Berg, lui, a décidé qu'il en fallait des exemplaires
partout, jusque dans sa voiture, et qu'ils seraient abordables
par tout un chacun : femmes, non-juifs et même enfants...
Une condition: payer. Pour les cours d'initiation, pour le bracelet
rouge, pour l'eau de la kabbale censée guérir
de tous les maux, pour les livres sacrés qu'il est indispensable
d'acquérir, souvent à prix d'or, sous peine de
malédiction... Sans parler des généreuses
donations sans cesse sollicitées. Il n'y a pas longtemps,
Jerry Hall, l'ancienne femme du chanteur des Rolling Stones,
Mick Jagger, a ainsi quitté le mouvement après
qu'on lui eut demandé 10 % de ses revenus et de ceux
de ses proches...