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Pourquoi
les Anonymous portent-ils des masques
par
Serge Faubert
Source:
http://www.bakchich.info/article2996.html
- 14 mars
«Bakchich»
a rencontré des membres du mystérieux réseau
«Anonymous» qui veut détruire la Scientologie
et enquêté sur le sujet. Reliés en permanence
par Internet, ces anonymes n’ont ni chef, ni
organisation. Ce qui ne les empêche pas d’être
très actifs. Samedi 15 mars, un peu partout
dans le monde, ils se rassembleront devant les
sièges locaux de la secte. Dont celui de Paris.
Pour
un peu, on se croirait dans le film Matrix.
La superproduction mettait en scène une poignée
de résistants, tentant de libérer leurs congénères
de la réalité virtuelle dans laquelle les avaient
plongés des machines cyber- nétiques. Sauf qu’ici,
la machiavélique intelligence artificielle s’appelle
l’Eglise de Scientologie. Et les résistants
se sont baptisés «Anonymous», les anonymes.
Un réseau international d’internautes qui a
entrepris de détruire l'organisation fondée,
voici un demi-siècle, par l’auteur de science-fiction
américain Ron Hubbard.
Des
cybermanifs planétaires
Ce
samedi 15 mars, passant du virtuel au réel,
ils manifesteront, un peu partout dans le monde,
devant les sièges locaux de l’Eglise de Scientologie.
Pour la deuxième fois. Le 10 février, déjà,
une bonne dizaine de milliers d’anonymous se
sont rassemblés pacifiquement à New York, Los
Angeles, Boston,Washington, Toronto, Melbourne,
Sydney, Oslo, Londres, Dublin, Bruxelles…
Une
cybermanif planétaire. Du jamais vu dans l’histoire
mouvementée de la secte. Car, jusqu’à présent,
il n’y avait que les victimes et leurs familles,
épaulées par des organisations anti-sectes,
pour se mobiliser. Autre- ment dit, pas grand
monde.
Une
vidéo de Tom Cruise a mis le feu aux poudres
Pourquoi
cette hargne contre l’Eglise de Ron Hubbard
? L’affaire a démarré en janvier avec la mise
en ligne, sur le site de Gawker, un média new-yorkais,
d’une vidéo interne à la Scientologie dans laquelle
un Tom Cruise, passa- blement halluciné, ne tarit
pas d’éloges sur l’organisation. Une contre-publicité.
Aussitôt, les avocats de la secte exigent le
retrait du document. Le site refuse. Et le net
s’enflamme.
Dans
les heures qui suivent, les sites internet de
la Scientologie sont assaillis par des milliers
et des milliers de requêtes qui saturent les
serveurs. Dans la foulée, quelques gentils hackers
s’en donnent à cœur joie. Anony- mous est né.
Quelques jours plus tard, une vidéo commence
à circuler. Vue près de deux millions de fois,
elle déclare la guerre à la secte «La connaissance
est gratuite. Nous sommes Anonymous. Nous sommes
légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions
pas»
Des
oeuvres de Ron Hubbard mises en ligne gratuitement
pour miner le fonds de commerce
Dans
les forums, on élabore le projet «chanalogy».
En gros, comment dézinguer le plus efficacement
possible – sans violence, toutefois - l’empire
édifié par Ron Hubbard. Au programme des manifs
mensuelles, partout dans le monde, et une guerre
de tous les instants dans le cyberespace. Les
sites de la secte sont saturés de commen- taires
assassins. On ferraille sur les « chats ». Des
petits malins ont la bonne idée de mettre en
ligne les œuvres complètes de Ron Hubbard. Une
initiative qui fait s’étrangler de rage l’etat-major
de la secte. Car elle perd là une bonne part
de ses recettes. Réputés hautement confidentiels,
ces livres et bulletins techniques sont vendus
fort chers à des adeptes qui sont tenus – le
mot est faible ! - d’ouvrir largement leur porte-monnaie.
Bref, c’est le fonds de commerce qui fout le
camp.
Des
manifestants camouflés et méfiants
En
France, l’insurrection en est encore à ses balbutiements.
A Paris, le 10 février, ils n’étaient qu’une
vingtaine à manifester devant le Celebrity center,
- le bâtiment réservé aux VIP de la secte -
rue Legendre, non loin du square des Batignolles.
Un succès mitigé que les Anonymous français
attribuent à la nouveauté de leur mode de communication.
Visiblement, le tract virtuel ne fait pas encore
recette. La fracture numérique, comme dirait
Chirac …
Car
c’est par la seule grâce des forums internet
que les manifestants se sont retrouvés sur le
pavé. La majo- rité ne se connaissait pas auparavant.
Et il y a fort à parier qu’ils ne se connaissaient
pas davantage en repartant. La règle veut que
les Anonymous se griment ou portent un masque
– le V inspiré du film Vendetta est très tendance.
Si ça se trouve, le voisin de palier ou le collègue
de bureau étaient là. Et aucun des intéressés
n’en saura jamais rien. Pour une fois que la
Scientologie créait du lien social…
Pourquoi
ce camouflage généralisé ?
Pour
éviter les représailles de la secte, prompte
à photographier ou filmer ses opposants. Mais
l’anonymat est surtout le moyen de préserver
le fonctionnement libertaire de cette communauté,
passablement allergique à l’au- torité et au culte
de la personnalité. Bref, les anti-sectes ne
veulent surtout pas devenir à leur tour une
secte.
D’autant
qu’ils sont passablement méfiants, voire un
tantinet paranoïaques. Pour les rencontrer,
mieux vaut être familier des forums d’Internet.
Ensuite … Eh bien il faut monter patte blanche.
Et, avouons-le, la chose est plus facile quand
on a déjà écrit quelques articles sur la Scientologie.
A
en juger par les spécimens que Bakchich a pu
rencontrer (voir notre vidéo), ces technophiles
sont assez éloignés du cliché de l’étudiant
attardé qui bidouille en se gavant de pizzas.
Il s’agit plutôt de jeunes cadres évoluant dans
le secteur de l’informatique. Parfois avec de
grosses responsabilités. Et qui, le soir venu,
se lancent dans la guérilla contre les vilains
censeurs scientologues. No pasaran ! exception,
Nono le Clown. La figure du mouvement. Au propre
et au figuré.
Nono le Clown
La secte accuse cet artiste de
rue de se livrer, avec son gros nez rouge, à
un…harcèlement systématique des adeptes. Elle
a d’ailleurs entamé une action devant les tribunaux.
Il
est vrai que Nono, qui habite à deux pas du
Celebrity center, a trouvé dans le discours
scientologue une intarissable source d’inspiration.
Mais voilà, les disciples de Ron Hubbard ne
sont pas des petits rigolos. Depuis quatre ans,
Nono ne compte plus les incidents et les altercations.
Récemment une bousculade lui a valu un arrêt
de travail de trois jours. De fait, il ne peut
plus passer devant le siège du Celebrity center
sans être surveillé, voire filmé, comme le prouve
notre autre vidéo ci-dessous. Il n’en fallait
pas plus pour qu’il devienne un symbole.
Samedi,
ce sera donc l’heure de vérité. Les Anonymous
français espèrent bien refaire leur retard sur
leurs petits camarades européens et américains.
Il en va de l’honneur national. La France ne
passe-t-elle pas aux yeux du monde – à tort
ou à raison - pour le pays le plus sévère à
l’égard des sectes ? Enfin, ça c’était avant
qu’Emma- nuelle Mignon, la directrice de cabinet
de Nicolas Sarkozy, ne mette publiquement en
doute la dangerosité de la scientologie…
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