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Lavage de cerveau au
sein du
"Projet Force de Réhabilitation"
(RPF) de la
scientologie
Par Stephen A. Kent, Docteur en Philosophie, Professeur au
Département de Sociologie de l'Université d'Alberta -Canada -
Lavage de cerveau au sein du "Projet Force de Réhabilitation" de la
scientologie. Version révisée d'une présentation effectuée à la Société d'Etudes
Scientifique des Religions à San Diego, Californie, le 9 Novembre
1977. INTRODUCTION En tant qu'organisation internationale exigeant une obéissance totale de la
part de ses participants confinés, le Projet Force de Réhabilitation de la
Scientologie (dénommé ensuite RPF) est unique parmi les organisations
contemporaines opérant chez les Occidentaux. Tandis que d'autres organisations
ont utilisé des programmes similaires - par exemple, les Enfants de Dieu (voir
Kent et Hall, 1997), le RPF existe depuis plus de 20 ans. Elaboré en Janvier
1974, le RPF est un programme de travaux physiques importants, de confessions
imposées, et d'étude idéologiques intenses. La scientologie insiste sur le fait
que le programme servirait à corriger les problèmes des membres du personnel
pour leur permettre ensuite de demeurer dans l'élite de la "Sea Org"
[Organisation Maritime] et d'y être efficaces. L
es critiques disent que son but
est de rompre la volonté des membres de façon à minimiser l'aptitude des gens à
opérer hors du contexte des contraintes idéologiques de l'organisation. Ils
disent également que cela permet à la scientologie d'avoir une équipe de
travailleurs manoeuvres presque privés de salaires. Les journaux ont en tout cas
dévoilé ce programme depuis 1984: des articles ont été vus dans des médias
américains, Anglais, Allemands et Danois. Il n'en existe pourtant pas de rapport
académiques, en dépit du fait que nombre de scientifiques en sciences sociales
considèrent cela comme lié à ce que de soi-disant "néo-religions" utilisent
comme techniques de "lavage de cerveau" envers leurs membres.
Cette étude entend prouver que ce lavage de cerveau, c'est à dire
"l'élimination scientifique, systématique et coercitive de l'individualité du
mental d'autrui" (Scheflin & Opton, 1978 #40)" est un concept approprié pour
analyser l'obligation d'endoctrinement imposé par les programmes de scientologie
dans les conditions de confinement expérimentées par les membres du RPF et de sa
pire extension, le RPF du RPF.
L'étude construit son argument en se servant des
documents originels d'Hubbard, le fondateur de la scientologie, qu'ils soient
écrits ou copiés, ainsi que de documents de justice, de transcriptions
d'entretiens et d'articles des médias. Ces documents et d'autres éléments aident
à identifier le contexte d'où est issu le RPF au sein de l'organisation et de
l'histoire scientologue, et fourniront un ample aperçu de la façon dont on
fait le RPF en divers endroits et périodes. Pour les étudiants, l'usage qui
sera fait des données scientologues discutant des techniques de lavage de
cerveau du milieu des années 50 jusqu'aux années 60 est d'interêt particulier.
Non seulement le terme de lavage de cerveau sera scientifiquement acceptable en
sciences sociales et utilisable pour le RPF, mais ce sera aussi un mot
coïncidant avec les propres descriptions du lavage de cerveau écrites par la
scientologie, en ce qui concerne la coercition destinée à obliger des personnes
à changer d'attitude au sein d'environnements confinés.
Le Débat sur le "Lavage de Cerveau" au sein des Sciences
Sociales
Ce débat naquit surtout en sciences sociales dans les années 80 et au début
des années 90, lorsque plusieurs organisations professionnelles, professeurs et
étudiants réagirent en opposition à des arguments acceptés au sein de Tribunaux,
arguments mettant en avant la coercition que de soi-disant religions nouvelles
utiliseraient pour convertir leurs disciples. Bon nombre de ces attaques
sociologiques eurent pour cible le Professeur Margaret SINGER, Docteur en
Philosophie, qui se servit d'un modèle de "persuasion coercitive - lavage de
cerveau" afin d'expliquer aux tribunaux comment les plaignants [anti-sectes]
étaient entrés et se comportaient dans les groupes qu'ils poursuivaient en
justice, ou qu'ils contre-attaquaient devant les Tribunaux.
Les attaques sociales scientifiques concluaient que le terme "lavage de
cerveau" n'était acceptable que si le groupe usait d'incarcération, de mauvais
traîtements physiques contre ses membres (voir Anthony, 1990 #93) dans des
situations de consentement inaverti (Young et Griffith, 1992, #20, 25-11). Si
cette condition existait, elle permettait à la fois aux chercheurs et aux
tribunaux d'isoler la notion de lavage de cerveau des autres formes de
persuasion coercitive. Robbins et Anthony concluaient : "[en l'absence] de force
physique créant les limites, il n'existe pas de point précis permettant de
déterminer si la persuasion coercitive est en mesure de supplanter la volonté de
l'individu", ainsi que le suppose le modèle "lavage de cerveau" (Anthony et
Robbins, 1992, #21)
L'un des aspects cruciaux du lavage de cerveau lors des procès était de
savoir si les tribunaux devraient autoriser des individus à user de ce concept
comme excuse à des comportements déviants ou illégaux. C'est le chercheur Dick
Anthony (qui travailla fréquemment avec Tom Robbins) qui développa l'essentiel
de la théorie de ce domaine et servit d'expert consultant aux avocats défendant
l'église de l'Unification (Moon), la Scientologie, ISKCON (Krishna), la
Méditation Transcendentale, et la Communauté de la Chapelle contre les
affirmations de lavage de cerveau émanant d'anciens membres déçus. (Anthony et
Robbins, 1992, #6 - 1).
Ils concluaient en disant que certaines des tentatives
faites pour user du terme "lavage de cerveau dans une secte" afin de justifier
les exemptions (fournies par la constitution américaine) de protection en
matière de religion présupposaient que le lavage de cerveau serait une forme de
"déterminisme dur" supposant "des gens confinés dans un système idéologique
dont ils seraient contraints d'adopter les doctrines". (Anthony et Robbins,
1992, #23). Anthony et Robbins conclurent que ce postulat de "déterminisme dur"
n'avait pas été généralement ou substantiellement été admis par les communautés
scientifiques concernées" (on peut penser qu'il s'agit de la psychologie et de
la sociologie) et qu'il "n'était pas pris au sérieux au sein du monde
académique". (Anthony et Robbins, #25).
Par conséquent, Anthony et Robbins
"espéraient que les chercheurs, lors de leurs évaluations futures de
ressemblance entre les théologies de groupes religieux avec des idéologies
totalitaires, se concentreraient sur les idées libres plutôt que sur les
tendances gouvernementales de plus en plus nettes allant dans le sens régulation
d'idées réligieuses, ou que sur ce qui ressort des tribunaux." (Anthony et
Robbins, 1992, #26). En d'autres termes, ces scientifiques sociaux respectés
croient que la recherche destinée à savoir si les groupes religieux lavent le
cerveau est achevée par un constat du fait qu'elle ne le font pas, au moins
selon la théorie de "déterminisme dur", et que cette conclusion élimine toute
nécessité de discussion quant à une intervention légale ou gouvernementale
contre des religions sur la base du fait, désormais sans fondement, que ces
groupes laveraient le cerveau de leurs membres pour les transformer en robots
commettant des actes déviants ou criminels.
RAPPORTS SUR LE RPF AU SEIN DES TRIBUNAUX ET DES MEDIAS
On put toutefois observer au cours de ce débat que la presse populaire,
certains documents des tribunaux et au minimum une décision en cour d'appel
décrirent le confinement forcé, les mauvais traîtements, et le consentement
inaverti que les membres de l'organisation maritime scientologique subissaient
au sein des bâtiments et du programme scientologique du RPF. Cela décrivait un
programme de lavage de cerveau utilisé pour retenir des membres plutôt que les
convaincre, et c'est peut-être pour cette raison que ces scientifiques
négligèrent d'en tenir compte.
La première déclaration publique sur le RPF semble être apparue dans un
affidavit [déclaration en justice sous serment] le 25 Janvier 1980, de la part
de l'ex-membre Tonya Burden de Las vegas, Nevada, qui décrivit l'affaire comme
un "camp de concentration scientologique" (Burden, 1980, #8), camp d'ont elle
s'échappa après avoir passé quelques trois mois sur le programme. L'ex-membre
Gerry Armstrong appuya la description générale du RPF de Tonya Burden lors d'un
affidavit, disant "qu'il avait personnellement observé des membres - y compris
Tonya Burden - du RPF dormant à même le plancher, dans des entrepôts, des
chaufferies, et dans d'autres conditions inhumaines." (Armstrong, 1982, #3)
Armstrong et deux autres anciens membres, Laurel Sullivan et William Franks,
critiquèrent violemment le RPF lors d'un article de 1984 paru dans le journal de
Floride "Clearwater Sun"; Franks y disait qu'il "s'agissait d'un truc horrible"
(cité par Shelor, 1984, #1B) et Sullivan insistait sur la dureté du programme,
disant qu'il fallait travailler en pleine chaleur (désert californien, 49°C,
120°F) alors qu'il souffrait d'une côlite sévère (cité dans Shelor, 1984, #2B).
La même année, le Sunday Times Magazine anglais titrait sur le RPF; avec trois
autres ex-membres, Bent Corydon, Jay Hurwitz et David Mayo: David Mayo
indiquait que durant les cinq premiers jours, lui-même et les autres furent
enfermés sous bonne garde; "on nous amenait à manger et nous dormions par terre;
nous devions nous servir des lieux d'aisance en présence des autres (Barnes
1984, #38).
Hurwitz était au RPF proche de Gilman Hot Springs, Californie, à
l'été 82, en même temps que 18 autres cadres supérieurs de la scientologie
(Barnes, 1984, #38-39). Toujours en 1984, un tribunal anglais écrivait dans une
décision que deux années auparavant, une femme du QG scientologique d'East
Grinstead, Sussex, "devait travailler au minimum 12h1/2 par jour physiquement (à
porter des briques, vider des poubelles etc) ce qui aggrava une condition
dorsale chronique" (Royal Court of Justice, 1984, #27). Cette même affaire
reparaissait dans l'excellente étude écrite par l'anglais Jon Atack en 1990
(Atack, 1990, #341), puis dans un article de journal (Bracchi, 1994).
A nouveau aux USA, l'ancien membre Don Larson déclara au Magazine Forbes
qu'il avait envoyé près de 300 scientologues récalcitrants au RPF, dans des
centres scientologues du monde entier, en quelques 14 mois, jusqu'à son départ
fin 1983. Dans ces programmes sadiques de détention, les membres du staff
étaient contraints à effectuer de dures tâches, à manger les restes provenant
des gamelles et à dormir sur le sol. Certains y restaient indépendemment de leur
volonté (Behar, 1986, #318).
L'année suivante, le biographe Russell Miller (1987) publiait sa version de
la vie d'Hubbard, dans laquelle on trouve une demi-douzaine de références au
RPF.
En 1989, une décision de Cour d'Appel indiquait que "en permanence et durant
trois semaines, l'ancien membre Larry Wollersheim avait été "persécuté et
harcelé" pour qu'il entre au RPF, le juge mentionnant que cela "prouve" qu'il
avait accepté une partie de ses auditions (c'est à dire le "conseil religieux")
sous menace de coercition physique (Cour d'appel de Californie, 1989, #9274).
Les récits de Franks, Sullivan et de l'ancienne cadre Sea Org Hana Whitfield
paraissent à nouveau dans une série d'articles sur l'organisation publiée par le
Times en 1990 (Welkos et Sapell, 1990).
L'article indiquait que "le RPF fournit
à l'église un pool de manoeuvres pouvant accomplir l'entretien des bâtiments,
arracher les mauvaises herbes, vider les poubelles, nettoyer les toilettes et
faire tout ce que les cadres de l'église croient indispensables à leur
rédemption". (Welkos et Sappell, 1990, #25). La même année, lors d'une série du
Los Angeles Times sur la scientologie, l'étude complète de Jon Atack au sujet de
son ex-groupement contenait aussi plusieurs informations sur le RPF (Atack,
1990, #206, 341, 358, etc, voir aussi Atack, nd #9.10) . Enfin, en 1996, le RPF
faisait l'objet d'une étude de la part de l'ancien scientologue Bent Corydon
(1996) qui l'avait subi. Pris ensemble, ces éléments suggèrent vivement que le
RPF serait une organisation de lavage de cerveau selon les exigences élaborées
par Anthony (1990) et Young et Griffith (1992), mais aucun scientifique n'a
poursuivi les recherches dans ce domaine.
QUESTIONS METHODOLOGIQUES
Une des causes possibles pour lesquelles les scientifiques n'ont pas examiné
les dynamiques du lavage de cerveau du RPF pourrait provenir du fait que son
étude présente certains aspects inhabituels quant à la méthodologie; c'est un
obstacle qu'il faut surmonter pour obtenir les informations appropriées. Tout
d'abord, la scientologie a souvent contracté des compromis hors tribunaux qui
forcent les anciens membres à ne pas parler publiquement ni critiquer
l'organisation. Je connais au moins cinq personnes, deux américains, deux
Canadiens et un Néo-Zélandais qui ont signé ce genre de compromis.
Deuxièmement, la scientologie garde au secret les séries de documents clé
définissant l'opération du RPF. Ces documents font partie de la série des Ordres
de Flag 3434 (qui contient au minimum 56 publications différentes); seuls
quelques-uns ont été communiqués aux chercheurs. Il est donc toujours
impossible de retracer l'historique du programme RPF sans ces documents
essentiels de l'organisation, ce qui veut dire que les seules sources restantes
sont les récits d' anciens membres.
Troisièmement, on trouve difficilement les anciens qui sont passés par le
RPF, et quand on les trouve, il est fort délicat de les faire parler à un
chercheur. La difficulté d'en découvrir vient en partie du fait que le but du
programme est de remettre les participants repentants (certains diront : des
gens cassés sur le plan émotionnel) dans l'organisation.
Par conséquent, une
partie des anciens du RPF reste en scientologie de crainte d'être excommuniés ou
renvoyés au RPF s'ils en parlent négativement. De plus, la majorité des
participants a passé un temps infini (parfois des centaines d'heures) à
confesser des péchés et crimes supposés, si bien qu'ils craignent que
l'organisation n'utilise ces confessions à leur encontre s'ils parlent. En
effet, les gens du RPF doivent signer, avant leur départ du programme, une
déclaration louant les vertus du RPF. C'est pour toutes ces raisons que je n'ai
pas cherché à questionner des membres actifs de la scientologie qui auraient
passé par le RPF. Toute critique ou déclaration qu'ils auraient faites auraient
eu des conséquences extrèmes pour eux.
J'ai néanmoins interviewé six personnes ayant passé par le RPF lors de mon
étude, dans diverses parties du monde, et j'ai recueilli des documents des
tribunaux, des affidavits et des correspondances émanant de quatorze autres.
J'ai aussi questionné une personne ayant vu fonctionner le RPF - mais ne l'ayant
pas subi - et recueilli des récits (grâce à des correspondances personnelles,
messages dans des forums d'Internet, et documents légaux) de huit autres
personnes disant avoir vu des participants à ce programme. En supplément de
l'information de ces vingt-neuf personnes, j'ai recueilli des documents
originaux de scientologie et des publications discutant du RPF, et des récits
venant de la presse. L'image émergeant de l'ensemble est diversifiée pour
certains détails importants, mais le concept général qui ressort quant à la
façon dont le programme est mené est remarquablement homogène.
HISTORIQUE DE L'IDEATION DU RPF
Il existe cinq formes d'activités de contrôle social (se recouvrant
fréquemment) apparemment universellement répandues au sein du RPF qu'on découvre
dans toutes les sources disponibles hors de la scientologie. Celles-ci sont:
1/ confinement imposé de force; 2/ mauvais traîtements physiques (par
l'intermédiaire d'exercices physiques très durs, d'occupations physiquement
épuisantes, de nourriture insuffisante, de temps limité pour l'hygiène, de
conditions de repos inadéquates, etc). 3/ Mauvais traîtement social (au
moyen de restrictions apportées aux communications écrites ou orales, de
dégradation, de paie excessivement faible etc.); 4/ étude idéologique
intensive et 5/ Confessions imposées de prétendus "péchés" passés.
Leur objectif est d'aligner les membres du RPF avec les buts de la
scientologie telle que les chefs de la scientologie l'établirent. Cet alignement
de buts vient après que le prgramme ait éliminé les aptitudes ou désirs de
critiquer les règles ou les chefs qui les supervisent. On ne s'étonnera pas de
trouver dans un livret d'Hubbard daté de 1955 les fondements mêmes des
techniques destinées à soumettre les populations et les gens à une règle
totalitaire, ainsi que certaines des techniques présupposant les règlements du
RPF qu'il approuva finalement à l'encontre de son propre corps d'élite.
MANUEL DE PYSCHOPOLITIQUE ET LAVAGE DE CERVEAU D'HUBBARD
Ce livret portait comme titre: "Lavage de cerveau - une synthèse des textes
russes sur la psychopolitique"; une version portait " publié à titre de service
public par l'église de scientologie" sur la contre-couverture. (Hubbard, 1955,
non signé). L'introduction prétend être une conférence de Lavrenti Beria, le
fameux chef de la Police Secrète Soviétique, aux "Etudiants américains de
l'université Lénine", sur la manière de subjuguer les sociétés par l'imposition
de la psychopolitique à des populations, sous couvert de "traîtements mentaux".
Tout le texte n'est que tromperie (Kominski, 1970) et tous les
indices désignent directement l'auteur: Hubbard. Hubbard a en tout cas publié le
"lavage de cerveau" pour ses disciples (Hubbard, 1955#a, 309-310, 1955#b
312-313; 1956: #328), où il annonce "qu'à moins de comprendre la philosophie de
base du lavage de cerveau, les auditeurs auront du mal à comprendre les clients
ayant subi ces techniques. (Hubbard, 1955a#309).
Il cherchait plus probablement
à la fois à discréditer la psychiatrie et à faire apprécier son organisation
auprès du gouvernement américain (disant que la dianétique et la scientologie
pourraient inverser les effets du lavage de cerveau et seraient donc une arme
contre le communisme, et donc, un magnifique outil politique). Hubbard désirait
sans nul doute renforcer la Dianétique et la scientologie en armement contre le
communisme : cela explique qu'il ait écrit ce livret vers la mi-Décembre 55.
Cela expliquerait aussi pourquoi la scientologie publia ce mince volume comme un
"service public" - la contre-couverture montrant Hubbard, l'auteur probable.
Obsédé des questions de contrôle et de sujétion des individus et des nations,
le manuel de "lavage de cerveau" est un travail exceptionnel. Il est plus que
probable que l'essentiel des idées clés d'Hubbard devinrent des règlemnts et
procédures du RPF, près de vingt ans plus tard. Par exemple, la définition du
manuel de psychopolitique indique qu'il s'agit "de l'art et de la science
d'affirmer et maintenir sa domination sur les pensées et loyauté d'individus,
officiers, offices, et des masses, et d'entreprendre la conquète des ennemis et
nations au moyen des "soins mentaux" (Hubbard, 1955 #6). Plus tard, le texte
présentait une stratégie que pouvaient utiliser les subversifs afin de détruire
l'opposition d'ennemis de l'état, cette stratégie impliquant la destruction de
toute forme d'individualité pouvant laisser planer des doutes quant à
l'idéologie subversive:
Les principes de l'individualisme vigoureux, du déterminisme
personnel, de la volonté propre, de l'imagination et de la créativité
personnelle au sein des masses sont tous antipathiques au plus grand bien de
l'état. Ces forces volontaires et non guidées ne sont que maladie amenant la
désaffection, la désunion, et finalement l'effondrement du groupe auquel
l'individu appartient. (Hubbard, 1955,#9)
Ayant identifié
l'individualisme en tant que menace envers "l'état", la solution était simple:
La mission de la psychopolitique est d'aligner l'obéissance avec les
buts du groupe, puis de maintenir cet alignement par éradication de l'efficacité
des personnes et personnalités qui pourraient mener ce groupe à la
désaffection... la psychopolitique permet d'ôter la portion de personnalité qui
en soi, massacre la constitution de la personne et le groupe auquel elle est
liée".(Hubbard, 1955 #10)
L'état doit donc établir que ses
propres sont seuls aceptables, puis détruire les aspects de le personnalité des
gens qui pourraient les conduire à des expressions individualistes ne s'alignant
pas avec ces buts. Cet aperçu de totalitarisme devient réalité au sein du RPF.
Vers la fin des années 60, Hubbard
a discuté du lavage de cerveau à quatre reprises au moins, dans des conférences
ou par écrit: ces discussions étaient toujours en rapport avec les techniques de
base de destruction de la personnalité et l'alignement de buts abordé dans le
manuel de lavage de cerveau de 1955. Le livre, "All about Radiations" (tout sur
les radiations) sert de lien entre les années 50 et 60, Hubbard ayant fait ses
commentaire en partant d'un "congrès sur les Radiations Nucléaires et la Santé"
publié en 57, republié en 67 sous forme de livre. Cette publication contient un
passage intitulé "Ce qu'est le Lavage de Cerveau":
Le Lavage de Cerveau est un mécanisme très simple. On obtient d'une personne
qu'elle soit en accord sur le fait que quelque chose se passe d'une certaine
façon; on la pousse à s'introvertir grâce à l'auto-critique afin qu'elle croie
qu'il en est ainsi. Ce n'est qu'alors qu'un homme pense que quelque chose est
vrai quand c'est faux. En usant d'approche graduelle de martelage, force et
torture, les laveurs de cerveaux sont capables de faire croire à ces gens
qu'ils auraient vu ce qu'il n'ont pas observé en fait (d'en faire des victimes).
(Hubbard, 1957 #84; et 1976b #55).
Comme il l'avait indiqué en 55, on
pouvait laver le cerveau des gens (croyait-il) en leur fournissant un but ou un
fait extérieur, puis en les cassant (grâce à la pression) jusqu'à ce qu'ils y
croient. Deux ans après la réimpression de "Tout sur les Radiations", le 20
Décembre 69, Hubbard reprenait la discussion sur le lavage de cerveau, avec un
changement. Il définissait alors le lavage de cerveau comme "la sujétion d'une
personne à une endoctrination systématique ou à une pression mentale destinée à
lui faire changer son point de vue ou lui faire confesser un crime". (citation
d'Hubbard, 1976b:#55). Par conséquent, non seulement il croyait savoir comment
forcer les gens à changer d'opinion sur des questions vitales, mais il pensait
(probablement à tort) pouvoir forcer les gens à se confesser en usant de 'lavage
de cerveau" grâce à de fortes pressions. Ces points de vue portent la graine de
ce qu'on trouvera sur le RPF.
On peut aussi trouver d'autres informations quant au point de vue d'Hubbard
dans un article paru sur le magazine "Freedom" de l'organisation. Lors de la
première publication, cet article ne disait pas l'auteur, ce n'est qu'après 1992
que les chercheurs purent vérifier qu'il provenait d'Hubbard (voir Church of
Scientology International, 1992, #757). Cet article se composait d'un long
extrait du politicien conservateur Robert G. Ridgway, suivi des commentaires
d'Hubbard; une partie de l'article de Ridgway parlait de "la crise de nerfs"
[ou de psychose, ndt]. Elle décrivait les techniques utilisées pour
casser les individus et les reconstruire afin qu'ils adoptent les buts du
groupe.:
"La première partie de la technique de lavage de cerveau est constituée
d'une crise de nerfs artificiellement provoquée, crise qui rompra le fil entre
l'expérience passée de l'individu et l'expédiera dans un océan de
suggestibilité. On l'obtient en l'épuisant, en le mettant dans la confusion, en
lui faisant subir une douleur physique continue, et en le soumettant à la peur
et à l'anxiété. Cela détruit l'individualité humaine et l'identité en
fracturant les schèmes habituels de comportement, puis en se servant des
fragments utilisables, bétonnés par la suggestion, afin de reconstruire une
personnalité entièrement différente.
La mémoire est éparpillée. La logique est
confuse, et le jugement perverti en l'absence de référence et de discipline. La
personne a perdu le contrôle de son mental: c'est alors que la suggestion sera
la plus efficace. La victime est reconnaissante d'être à nouveau orientée. Elle
apprécie le but et la direction qu'on lui communique. Elle a l'impression
d'avoir été ramenée à la santé mentale, mais on lui a en réalité volé son âme.
C'est ce qu'on subi les Pères américains en Corée et leurs fils au Vitenam.
(Ridgway, cité par Hubbard, 1969 #4)
Cet article, similaire à ceux
d'Hubbard quelques années auparavant, identifie la nécessité de détruire
l'individualité (grâce à l'induction de crises nerveuses), puis a réaligner sa
personnalité éparpillée sur le but et la direction fournis.
Hubbard (auteur présumé) avait fait la même argumentation dans son manuel de
lavage de cerveau de 1955; il disait:
"Il existe une pente de dégradation de plus en plus marquée, jusqu'au
moment où l'endurance d'un individu est quasi nulle: toute action soudaine ayant
lieu dans sa direction le place en état de choc. On peut ainsi abuser d'un
soldat prisonnier, le dégrader, le nier jusqu'au moment où chaque mouvement de
ses gardes le fera s'effondrer. Le moindre mot de ses gardiens le fera obéir, ou
modifiera ses croyances et ses attaches de loyauté. On peut obtenir qu'un
prisonnier tue ses propres camarades en le dégradant suffisamment.
Des
expériences faites dernièrement sur des prisonniers allemands montrent qu'il
suffit d'à peu près 70 jours de nourriture répugnante, de manque de sommeil et
de logements insupportables pour que le moindre mouvement dans leur direction
les mette en état de choc et dépasse leur capacité d'endurance, si bien qu'ils
recevront ce qui leur est dit de façon quasi hypnotique. Il est donc possible de
provoquer un état d'obéissance servile sur des camps entiers de prisonniers,
des milliers, sans avoir à se donner la peine de s'adresser individuellement à
eux; on peut pervertir leur attaches, et implanter les commandes ad-hoc
destinées à s'assurer de leur conduite future, même après qu'on les rende à leur
patrie. (Hubbard, auteur présumé, 1955 #41-42)
Nous retrouvons les
techniques destinées à modifier les attitudes grâce à des tensions extrèmes au
RPF, qu'Hubbard créa moins de cinq ans après avoir publié un article sur le
lavage de cerveau, article contenant les commentaires de Ridgway sur les crises
nerveuses.
Les précédents du RPF au sein de l'organisation
Pendant la période où Hubbard écrivit ces données sur le lavage de cerveau
vers la fin des années 60, il établit aussi un certain nombre de structures
formelles au sein de la scientologie, à la fois destinées à punir les déviants
dont la performance au travail était trop faible et à entraîner les gens aux
tâches dont l'organisation avait besoin. Ayant pris la mer fin 1967 (Atack,
1990, #176-177), la discipline punitive et l'entraînement imaginés par Hubbard
reflétaient alors la vie à bord. Le 4 Janvier 1968, Hubbard créa ainsi les "Mud
Box Brigades" (Brigades des boites à boues), auxquels étaient assignés les gens
de la Sea Org qu'Hubbard avait estimé "déserteurs" pour avoir "fainéanté en
étant de quart et humé le vent" (cité dans Hubbard, 1976b #341).
Les tâches
choisies consistaient à nettoyer la zône où les ancres du navire traînent dans
la boue (les boites à boues), ainsi que les "tubulures de mazout, d'écoulement
d'eau, fonds de cale etc." (cité dans Hubbard, 1976, #341). Il s'agissait de
travaux rebutants, difficiles, parfois dangereux, dont les gens du programme
punitif du RPF, ceux qu'on envoie au RPF des RPF, prendraient la suite quelques
années plus tard.
On sait que début 1969, Hubbard avait mis en place deux projets
d'entraînement - le DPF (Projet Force de Pont) et le PPF (Projet Force du
Commissaire de Bord), qui furent abolis le 25 mars 1969. Il semble que le DPF
servit à entraîner les membres de la Sea Org à des tâches à bord, et le PPF à
entraîner des gens aux questions de finances de bord et d'approvisionnement
(Hubbard, 1976b, #429).
On vit aussi peu avant Avril 1972 un projet
d'entraînement pour les services domestiques nommé "Stewards Project Force"
(SPF). (Hubbard 1972a, 1976 b, #501); puis un programme nommé "EPF" (Projet
Force d'entretien des Biens) qui - comme l'expliquaient les documents en notre
possession - servait aux travaux du genre peinture et nettoyage (Hubbard, 1977,
#1) Jusqu'à la création du RPF, l'EPF recevait des gens de la Sea Org envoyés
dans ce que la scientologie nomme un "réentraînement". Ces staffs avaient
besoin de supervision constante, posaient des problèmes manifestes ou ne
travaillaient pas avec l'enthousiasme désiré (c'est à dire qu'ils souffraient de
"robotisme" (Conseil d'Administration des Eglises de Scientologie, 1977, #1).
Hubbard réinstitua semble-t'il le DPF, doté d'une fonction supplémentaire au
simple entraînement. En plus des nouvelles recrues, le DPF recevait des membres
de la Sea Org protestant contre l'autorité. Dans la logique particulière de la
scientologie, on disait qu'ils avaient "intériorisé", c'est à dire "la personne
trouve qu'il existe de la contre-intention dans l'environnement et la colle à sa
propre contre-intention, ce qu'on nomme "raisonnabilité"; son intention se
dirige alors plutôt dans le sens de sa contre-intention que vers son but".
(Hubbard, 1976b, #437, citant un Ordre de Flag du 23 septembre 1969). Plus
simplement exprimé, ces gens mettaient en doute des aspects de la vie de la Sea
Org et découvraient à l'extérieur des sujets renforçant leurs doutes.. Le DPf
avait donc pour but de "réhabiliter et extérioriser leur attention en leur
faisant faire davantage de tâches". (Hubbard, 1972a, voir 1976b #133). Traduit
simplement, l'intention du programme était d'empècher la personne d'observer en
elle-même et de (ré)apprendre à accepter les ordres de l'organisation et des
chefs.
Ayant ce but en tête, Hubbard mit au point son système de récompenses et
punitions appelé "éthique" sur les gens du DPF, en parallèle avec celui déjà
institué auprès des membres de la Sea Org. On trouvait un "DPF MAA" 'Maître
d'armes du DPF) qui était censé "rendre l'éthique réelle pour les membres du DPF
en ôtant la contre-intention et les autres-intentions de la zône et en obtenant
que chaque membre du DPF fasse une production correcte visible sur ses
"statistiques en progrès". (Hubbard, 1976b, #133, citant un ordre de Flag du 20
Février 1972). En d'autres termes, le MAA devait faire sauter toutes les idées
qui ne correspondaient pas aux buts de la scientologie, en se servant du système
récompenses-punitions de 'l'éthique" en scientologie.
Ensuite, les travaux
médiocres, les attitudes négatives et autres devinrent des actions "hors
d'éthique" ou "out-éthique" qui valaient de recevoir une "condition éthique
basse" impliquant des pénalités de sévérité graduelle. Le coupable se devait de
travailler en plus de son travail normal de huit à dix heures quotidiennes,
durant des heures (des "amendes") (voir Conseil d'Administration des Eglises de
Scientologie", 1973). On présumait que le fait d'éxécuter ces amendes apprenait
aux gens à juger des conséquences de l'absence d'augmentation continuelle de
leurs statistiques/production, absence supposée provenir d'intentions
personnelles ne collant pas aux buts de la scientologie. Dans les assignations
éthiques du RPF MAA, nous entendons l'écho des théories d'Hubbard sur le lavage
de cerveau, déjà discuté depuis 1955 et élaboré après 1960. Ce staff (le MAA)
devait donc épuiser physiquement les gens afin de les faire renoncer à leurs
doutes, le but final étant de leur faire complètement embrasser les buts de
l'organisation.
Il semble que le régime de travaux durs du DPF continua jusqu'au début des
années 1980, car le récit de Birgitta Dagnell parle de son temps au DPF au
Danemark, avec de remarquables similitudes avec les récits du RPF. Selon elle,
elle faisait partie de 82 anciens membres du Guardian Office envoyés au DPF
Danois par la nouvelle direction de l'OSA (Office des Affaires Spéciales,
les services secrets scientologiques qui remplaçaient et copiaient la structure
du Guardian Office après le procès qui expédia neuf d'entre leurs patrons en
prison aux USA, ndt). Conditions de peuplement, nourriture médiocre,
horaires épuisants, assignations de tâches du genre "nettoyer les wcs, les
corridors, et les chambres d'hotel, plus quelques travaux de peinture et
construction" (Dagnell, 1977#3) étaient semblables à celles des copains du RPF
dans d'autres parties du monde. De même que les "gang-bang sec-checks",
(littérallement, les questionnaires de sécurité Gang-Bang) (dont je parlerai
ensuite) et l'exigence que nous reconnaissions à quel point nous étions "mauvais
et nuisibles" (Dagnell, 1997, #4) qu'elle a subi durant ce qu'elle pensait à
l'origine être des séances d'audition.
LA CREATION DU RPF
Le RPF fut construit selon l'idée punitive, on pourrait dire "lavage de
cerveau" développée dans le DPF. Les motivations d'Hubbard pour élaborer ce
programme en Janvier 1974 comprennent ses ennuis personnels. Ayant fait escale
fin 1973 aux Canaries, il tomba en moto à Ténérife et fut blessé. Soigné à bord
du Naviral Amiral, Hubbard attribua l'accident à des membres du personnel dont
il pensait qu'ils n'éxécutaient pas assez diligemment ses ordres. Il ordonna la
création du RPF en réaction, avec l'intention d'y expédier tous ceux qui
montreraient des "contre-intentions" à ses ordres ou à ses désirs, ainsi que les
fauteurs de troubles et les traînards.(Miller, 1987#321, voir entretien de Kent
avec Pignotti, 1997 et avec Ernesto, 1997 #2)
Les chercheurs n'ont pas de copie des trois premiers Ordres de Flag
établissant le RPF, mais disposent du quatrième, celui du 30 Mai 74,,
publication révisée deux fois. Quelque part entre sa conception et Mai 1977, le
RPF avait entamé sa fonction punitive antérieurement attribuée à l'EPF et
vraisemblablement au DPF. Les membres Sea Org allaient au RPF s'ils avaient des
"aiguilles d'électromètre ayant un mouvement violent" (nommé Rockslam) en étant
"audités" ou "conseillés" en confessional de scientologie sur l'appareil à
détecter les mensonges utilisé par la scientologie (appareil donnant des
réactions galvaniques passant par la peau). Cet indice - un saut de l'aiguille
particulier - dénotait paraît-il "des intentions néfastes cachées quant au
sujet traîté en audition" (Hubbard 1975 #357). D'autres étaient envoyés au RPF
pour avoir de mauvais résultats en poste, des "indicateurs" médiocres quant à
leur personnalité (probablement des indices tels que dépression, marmonnements
et doutes quant aux techniques ou sur Hubbard), voire quand ils créaient des
troubles évidents (Conseil d'Administration des Eglises de Scientologie, 1977,
#1).
Le document du RPF énonce avec des force détails le cadre de confinement, de
mauvais traîtement physique et social, de réendoctrinement intensif, et de
confessions imposées qui étaient et restent essentielles au fonctionnement du
programme. Certains passages soulignent ainsi les règles de base du confinement
obligatoire. Les membres ne peuvent quitter les locaux ou passer d'un bâtiment à
un autre qu'accompagnés de gardes de la sécurité (Conseil d'administration des
églises de scientologie, 1977, #10). Les mauvais traîtements physiques ont
parfois lieu lors de travaux physiquement dangereux qu'on assigne aux membres.
Les membres doivent spécifiquement accomplir onze fonctions de maintenance:
nettoyer les bâtiments à l'intérieur et à l'extérieur; nettoyer les salles de
bain; peintures; rénovations internes des bâtiments; nettoyage des stocks,
passages et escaliers; autres projets "d'envergure" dans des lieux de repos, de
cuisine, ou de réfectoire; "nettoyage des garages", ascenseurs et cages
d'ascenseurs; des chaudières et chaufferies, et vidage des ordures.
On peut
aussi leur assigner des tâches spéciales pour le compte d'autres staffs
scientologues. (conseil d'administration des églises de scientologie, 1977 #4).
Ils sont censés avoir droit à sept heures de sommeil (même réf.) et autorisés à
faire appel à l'officier médical (qui n'a pas à être médecin) uniquement s'ils
ont de la fièvre ou souffrent de blessures exigeant des médicaments ou un
traîtement. (même réf). On leur permet de manger normalement à condition que
cela ne prive pas les autres membres de la Sea Org qui ne sont pas au RPF.(même
réf, #9) Ils ont un droit d'usage des salles d'eau et douches (même réf) et ont
le droit à une "ventilation minimales" dans les zônes d'étude et de sommeil,
lorsqu'AUCUNE autre circulation d'air n'est facilement accessible (même réf.
1977#11). Si l'on additionne les diverses tâches obligatoires que les membres
doivent, nous pouvons déduire qu'ils passent 7 heures au repos, qu'ils étudient
et auditent cinq heures durant, qu'il prennent une demi-heure par repas , une
demi-heure à l'hygiène et travaillent physiquement dix heures durant.
Les règles impliquant le mauvais traîtement social sont nombreuses. Ils
doivent porter des bleus de travail sombres ou noirs (même réf). On leur
interdit toute activité de famille normale dans les locaux communautaires (idem
2-3 #11) et tout problème que cette restriction pourrait provoquer envers des
relations non-scientologiques exige un rapport immédiat aux supérieurs (idem,
1977 #3). La règle dit en bref:
- Tout travail ou activité normal leur est défendu dans les locaux
communautaires
- tout problème externe que cela pourrait causer doit faire l'objet d'un
rapport immédiat aux supérieurs "un membre du RPF est un membre du RPF et rien d'autre en dehors de çà
jusqu'à ce qu'il soit "libéré" (même réf, #3)
- Selon leur progression, les membres reçoivent un quart ou la moitié de leur
paie normale "à moins qu'ils ne soient à l'amende ou qu'une retenue soit opérée
par action de justice" (même réf. #9 et 10). Leurs "quartiers" sont à l'écart de
ceux des autres membres de la Sea Org et censés correspondre aux normes de
sécurité, de protection incendie et d'hygiène (même réf; 1977#10) . Ils ne
peuvent parler aux membres de la Sea Org qui ne seraient pas sur le RPF, ni au
public, sauf au cas où cela éviterait "d'être malpoli" (#10). Le mari ou
l'épouse peut avoir une visite conjugale par semaine dans la zône autorisée,
pourvu que la progression de celui qui est au RPF soit acceptable (#10). Les
parents ne peuvent voir leurs enfants en âge scolaire qu'une fois par jour
durant les repas ou le soir si eux, parents, ont des résultats acceptables et
qu'ils ne discutent pas de leur condition de RPF. Des visites aux enfants
pré-scolaires peuvent être arrangées (1977 #10).
L'étude intensive du
programme idéologique d'Hubbard fait partie du RPF, les membres devant "étudier
ou auditer" 5 heures par jour (1977#4, voir 6) . On trouve quelques preuves du
fait que les membres des années 75 pouvaient finir le programme en quelques
mois, mais d'autres récits montrent que cela dépassait souvent un an et qu'il
fallait passer parfois plusieurs fois au RPF durant la carrière scientologique.
La création du RPF du RPF
e 24 Avril 1974, un Ordre de Conditions de Flag établissait le RPF du RPF.
Ce programme était destiné à ceux qui ne progressaient pas de façon
satisfaisante sur le RPF, ou qui croyaient que leur assignation au RPF était le
fruit de la mauvaise humeur. Hubbard disait dans le "dictionnaire Technique de
Management"
"on a assigné pour la première fois une personne au RPF du RPF parce
qu'elle pensait que le RPF était amusant, qu'il s'agissait d'une récompense,
ceci démontrant qu'elle était incapable de reconnaître son besoin de rédemption
ou les moyens d'y parvenir. Tant que la personne ne reconnaît pas ce besoin et
le fait que son propre auto-déterminisme exige de passer par les actions du RPF,
les restrictions du RPF du RPF s'appliquent. (Hubbard, 1975,#451)
Les gens
qu'on envoie au RPF du RPF sont isolés des autres membres du RPF en matière de
travail, sommeil, nourriture, appel et autres activités. Ils ne reçoivent aucune
paie, ni audition, n'ont pas droit à plus de six heures de sommeil quotidien; on
leur distribue triple pénalité en cas de troubles. Vu que cela commença sur le
bateau, les gens du programme ne peuvent faire que le "travail des boites à
boue" en salle des machines. Ils ne peuvent communiquer qu'avec la personne
responsable du RPF et ne peuvent rejoindre le RPF normal "qu'après avoir fait
amende acceptable" auprès de tous les autres membres du RPF". (même réf).
Il est surprenant qu'on puisse trouver ce résumé du RPF dans le dictionnaire
scientologique, dictionnaire que peuvent consulter les membres du personnel ou
du public. On ne trouvera par contre pas ce type d'information lors de la
dernière campagne internationale de prosélytisme de la scientologie, sa page
dans le World Wide Web! Elle n'y décrit pas le RPF du RPF, et à lire ce qu'elle
dit du RPF lui-même, on pourrait croire qu'il s'agit d'une programme
d'amélioration de la confiance en soi et de l'énergie. Selon la page Web, le RPF
serait une "seconde chance" accordée aux "membres de la Sea Org qui risqueraient
en ne le faisant pas d'être sujets à expulsion en raison de fautes graves et
répétées contre l'église" -- une façon d'expérimenter une "réhabilitation
complète" face à un effondrement personnel. (Eglise de Scientologie
Internationale, 1996).
Les "participants" du programme "reçoivent chaque jour de
l'étude et de l'audition s'adressant à leurs difficultés individuelles
d'existence". Ils "travaillent aussi 8 heures par jour en équipe "à des tâches
améliorant les locaux de l'église qui les emploie et leur fournit la
coordination". Les membres de la Sea Org qui ont fait le programme sont censés
"attester de leurs énormes progrès personnels et expriment leur appréciation
d'avoir pu oeuvrer à leur rédemption plutôt qu'avoir été démis de leurs
fonctions". (même réf).Ce portrait publicitaire du RPF contraste violemment avec
les récits d'anciens "participants" une fois qu'ils ne sont plus sous le
contrôle des règles scientologiques punissant ceux qui critiquent l'organisation
ou ses doctrines. Chaque sujet de la page Web parle gentiment des "huit heures
par jour", de "l'étude et audition" qui rebâtissent fierté et confiance en soi,
de salaire et de conditions d'emploi et de l'expression de satisfaction des gens
ayant fini le programme, alors que ces mêmes choses sont très différemment
interprétées par les anciens membres de la Sea Org m'ayant fourni les
informations de l'étude.
Règles fixes et variables du RPF
Tandis que les récits des anciens du RPF dévoilent des conditions fixes
évidentes dans le RPF depuis ses débuts, on y trouve aussi des variantes en
matière de personnel, de locaux et d'exigences de l'organisation. On peut
cependant dire que tous les récits illustrent la manière dont le RPF tente de
contrôler les corps des membres au moyen d'exigences physiques, d'abus et
d'obligations, simultanément au contrôle des esprits grâce à l'audition
extensive, aux cours, aux confessions et aux "lettres de progrès ou de
réussite".
En rassemblant les affidavits, entretiens, messages d'Internet, et la
correspondance que j'ai recueillie, j'ai:
- deux récits sur le navire Apollo (le bateau sur lequel Hubbard vécut de 67 à
75);
- sept autres à l'Hotel Fort Harrison de Clearwater en Floride;
- un à La Quinta, Californie; un d'Indio, Californie;
- quatre de Gilman Hot Spring, Californie (parfois appelé "Hemet" en raison de
la ville proche, ou "Gold" en raison de la présence des Golden Era Studios de
scientologie);
- deux provenant du camp de Happy Valley près de Gilman Hot Spring et de la
réserve Sodoba;
- deux du complexe des Cèdres de Los Angeles;
- un d'un bateau non dénommé près de Los Angeles;
- un d'East grinstead (Sussex, Angleterre) et
- un d'un prédécesseur du RPF à Copenhague, Danemark.
- Cinq des informateurs ont passé par le RPF du RPF du bateau Apollo;
- deux dans celui du Fort Harrison Hotel et
- deux à Gilman Hot Springs ou Happy Valley.
1.
Confinement Obligatoire
L'une des conditions
pour que les scientifiques sociaux utilisent le terme lavage de cerveau est le
confinement obligatoire., spécifiquement indiqué dans neuf des récits du RPF et
deux du RPF du RPF. En effet, sept informateurs parlent de leurs tentatives
(parfois réussies) pour s'échapper du programme et des gardes chargés de les en
empècher. Ces récits contredisent fortement l'insistance de la scientologie sur
la "participation volontaire" au programme de RPF. Dans l'expérience de Dennis
Erlich sur le RPF puis le RPF du RPF au Fort Harrison fin 1978, on constate
qu'il arrive escorté par deux gardes; qu'il ne résiste pas "car on sait que si
on essaie de partir, ils vous cassent la tête" (interview d'Erlich par Kent,
1997#9).
A peu près en même temps, de l'autre coté du continent, Patti a affaire
à "deux gros costauds qui s'amènent et lui disent qu'elle est bonne pour le RPF"
(Kent avec Patti, 1997 #19). L'ancien membre David Mayo raconte quelque chose
d'encore plus dramatique dans son affidavit, insistant sur le fait que le 29
Août 1982, David Miscavige et d'autres, agissant sur ordre d'Hubbard, l'ont
kidnappé et retenu captif, et l'ont physiquement et mentalement abusé six mois
durant." (Mayo, 1994, #2-3)
D'autres parlent d'avoir été internés, par exemple Whitfield, (1989#6) ou
avoir vu d'autres se faire enfermer. L'ancien membre-devenu-critique, Dennis
Erlich, ayant plaisanté au sujet de son assignation au RPF, on l'expédia au RPF
du RPF en application des règles d'Hubbard, dans les sous-sol du Fort Harrison.
On l'y a gardé dix jours d'affilée: les deux premiers jours dans une cage avec
des barreaux (interview de Kent avec Erlich, 1997 #8). Lorsque Nefertiti
(pseudonyme présumé d'une ancienne membre) se retrouva au RPF du RPF, dans les
mêmes caves, une décennie plus tard, elle y vit une femme qui, dit-elle, "avait
la trentaine, souffrait de fièvre, le corps entièrement couvert de sueur et
portant des chaînes".
Elle portait une chaîne d'une cinquantaine de centimètres
liant les chevilles entre elles, si bien qu'elle était forcée de marcher à
petits pas. (Nefertiti, 1997 #3). Tonya Burden a juré "sous peine des pénalités
de parjure" (Burden, 1980, #12) qu'elle avait personnellement observé une
personne enchaînée aux tuyaux de chaufferie pendant des semaines, dans la
chaufferie du Fort Harrison". (1980,#10) Similaire déclaration de Hana Whitfield
qui a juré que lorsqu'elle était sur le RPF au Fort Harrison, Lynn Froland avait
été expédiée au RPF du RPF et enchaînée à la tuyauterie dans les caves pendant
des semaines et sous bonne garde. On lui amenait ses repas et elle pouvait faire
sa toilette brièvement, mais n'avait droit à aucun autre soin. (Whitfield, 1994,
#42).
Le récit le plus complet de confinement provient de l'ancien membre André
Tabyoyon qui parle de la base de Gilman Hot Springs (où travaillent les membres
du RPF) et qui possède "un système de sécurité doté de barrières ultra
coupantes, d'éclairage du périmètre, de moniteurs électroniques, de microphones
cachés, de senseurs de mouvements au sol ou hors sol, de caméras cachées
installées dans et hors de la base" (Tabayoyon, # 8). Tabayoyon explique avoir
travaillé sur le système de garde et sécurité de la base en 1991, mais dès
1983, la victime du RPF Julie Mayo avait déjà rencontré les barrières
l'empèchant de quitter la base de Gilman Hot Springs. Julie Mayo dût attendre
qu'un matin les gardes ouvrent la porte pour laisser quelqu'un sortir prendre
son déjeûner pour pouvoir filer à l'anglaise derrière lui avant que les portes
ne soient refermées. (Julie Mayo, 1996, #8-9)
D'autres histoires d'évasion indiquent que les victimes étaient surtout
emprisonnées dans des conditions d'emprisonnement qu'elles n'avaient pas accepté
(et encore moins, accepté formellement). Vicky Aznaran et deux autres victimes
s'échappèrent ainsi de Happy Valley dans la réserve indienne de Sobo, où des
gardiens de Happy Valley les poursuivirent en moto. Vicky et les autres reçurent
l'assistance d'habitants de la réserve qui les prirent en stop dans leur
camionette et les déposèrent au Motel de la ville d'Hemet. (Aznaran et Aznaran,
1988, #12). L'ex-membre Pat s'échappa grâce à plusieurs ruses. Elle concocta une
histoire pour que les gardes pour lui permettent d'utiliser le téléphone. Puis
elle appela un ami non-scientologue et lui donna des instructions précises sur
ce qu'il devrait faire la nuit suivante (entretien de Kent avec Pat, 1997, #b3).
La nuit, elle concocta une seconde histoire pour pouvoir se rendre près de la
rue où l'attendait son ami. En manipulant le garde qui l'accompagnait, elle
s'arrangea pour s'en éloigner un peu afin de pouvoir monter en voiture:
"j'ai claqué la porte et dit: vas-y! mon ami a fermé les portes à clé, et
mis les gaz... c'était vraiment horrible; horrible, et j'étais là avec 2 F en
poche, ne sachant même pas où aller, mais je ne pouvais vraiment plus rester
là-dedans, même pas une minute de plus. Je n'aurais pas supporté une seconde
dégradation". (même réf. 1997b, #4)
Tandis que la voiture s'éloignait, les
scientologues lui hurlaient après.
Il existe d'autres récits d'évasion, tous montrant clairement que ces gens
n'étaient pas sur le programme de leur plein gré. Ils se laissaient pourtant
ramener sur le programme (ou sur une programme similaire) par les équipes de
scientologues chargés de les y mettre. Ann Rosenblum racontait par exemple que
s'étant échappée du programme RPF à Clearwater en passant par un trou et en
sautant dans la rue, (Rosenblum, nd. #6), ella avait filé chez une amie
scientologue qui a averti l'organisation, et quatre "escortes" l'avaient
convaincue de revenir et de "sortir avec autorisation" de la Sea Org en se
servant des procédures scientologiques standardisées.
En pleine confusion
émotionnelle, elle était rentrée au Fort Harrison et y était restée sous garde
tout au long de l'établissement de la procédure censée la libérer. Il se trouva
qu'Hubbard offrit alors une amnistie à tous les membres du RPF du moment: Ann et
d'autres l'acceptèrent. Elle dit que l'organisation les fit passer par toutes
sortes de "vérifications de sécurité" pour savoir "si elles emmenait des
documents scientologiques confidentiels, et quelles étaient leurs intentions
vis à vis de la scientologie ensuite, etc." Les scientologues fouillèrent ses
bagages pour y trouver des éléments qu'elle aurait pu vouloir prendre, puis on
lui fit signer un affidavit indiquant "tous ces crimes dans cette vie-ci",
liste que l'organisation avait vraisemblablement compilé en utilisant ses
dossiers d'audition. (Rosenblum, nd, #7).
Robert Vaughn Young m'a informé qu'il s'était échappé en prenant le lit de
la rivière en pleine nuit, que cela faisait longtemps qu'il avait préparé son
évasion. Il était allé en ville à Hemet et les gardes l'avaient retrouvé dans un
motel. "Et c'est là que vous constatez le pouvoir de l'organisation: sans que
quiconque pose la main sur moi, ils ont réussi à me convaincre de revenir sur le
RPF". (Entretien de Kent avec Young, 1994, #22).
Lors de sa seconde
tentative d'évasion, il ne fut pas aussi chanceux; il fut repris. (même réf). Il
semble aussi qu'Hana Whitfield se soit évadée du RPF à Clearwater, mais elle
aussi fut ramenée par la pression des scientologues qui la retrouvèrent.
(Whitfield, 1989,#7)
Lawrence Wollersheim, célèbre opposant à la scientologie , fut également
repris pendant qu'il cherchait à s'échapper d'un RPF opérant à bord d'un bateau
(probablement dans la région de Los Angeles) en 1974. Une décision de justice en
sa faveur déclare finalement:
Finalement, Wollersheim ne put plus supporter le RPF. Il tenta de
s'échapper du navire, car il témoigna ensuite "j'étais en train de mourir et de
devenir fou". Mais on découvrit sa tentative, et plusieurs scientologues se
saisirent de lui et le gardèrent prisonnier. Ils ne le relachèrent qu'après
qu'il ait accepté de continuer l'audition et "autres pratiques religieuses"
ayant lieu à bord du navire. (Cour d'Appel de Californie, 1989, #9274).
La
Cour a jugé que cet exemple prouvait à l'évidence qu'il 'avait dû accepter
l'audition sous peine de mauvais traîtement phyisque ou de menaces" (même réf,
#9274). Il ne convient pas de généraliser à partir de ces quelques témoignages
que les membres du RPF y sont toujours contre leur gré, mais il est évident que
certain n'ont pas accepté d'y aller.
2. Récits de mauvais traîtements physiques
Il ne fait aucun doute que les mauvais traîtements physiques endurés par
nombre de gens lors de divers programmes RPF fut un des facteurs les incitant à
s'évader. J'hésite à dire que tous ont été physiquement maltraîtés, puisqu'un
des informateurs sortant du RPF au Fort Harrison a dit que le régime n'était pas
génant et qu'il avait assez dormi. (Entretien de Kent avec Ernesto, 1997, #16,
17). Il en existe cependant d'autres qui ont subi une grande diversité d'abus
physiques (ou de ce qu'ils considéraient comme tel).
A/ Exercice physique exagéré - Le Programme de Course
L'obligation de courir est un des aspects universel du programme, mais les
chefs s'en servaient également comme punition spécifique. Selon quelqu'un qui se
trouvait à bord du navire Apollo, Hubbard a fabriqué le programme de course pour
punir un membre "ayant besoin d'être discipliné". Il lui ordonna de faire
cinquante tours du Pont Promenade. Le gars en fit 20, et dit qu'il en avait
couru 50. Je m'en souviens très bien, il s'en tira comme ça. (Entretien de Kent
avec Ernesto, 1997, #5). Avec la venue du RPF, la course devint une punition
normalisée.
L'endroit où les gens devaient faire cette course variait selon les lieux.
Monica Pignotti , qui est passée sur l'Apollo, a fait une description
particulièrement nette de la punition qu'elle a subi début 75: "nous devions
nettoyer toute la salle de bains, les murs et les plafonds; après le nettoyage,
il y avait une inspection gants blancs, et si le gant ne restait pas blanc, on
devait faire des tours du bateau de la poupe à la proue et retour (dans les
300m à chaque fois). Une fois, mon supérieur trouva que ce n'était pas assez
propre, et me dit: "fais ton tour". Comme je protestais, elle me dit: "tu ne
discutes pas, donc, tu fais deux tours". Comme je discutais encore, elle me dit:
Bon, c'est quatre tours, et ainsi de suite jusqu'à ce que je sois forcée de
m'éxécuter et de faire dix tours. (Pignotti, 1989,#23) (Pignotti avait été
envoyée "au charbon", pour user de la terminologie de la scientologie en matière
de punitions).
Rosenblum ajoute que lors de ces punitions au
charbon, on vous ajoutait souvent des pompes ou des tractions aux tours de
course; ces tours se faisaient "sur la rampe du garage". (Rosenblum, nd.
#2). Dennis Erlich parle aussi de" l'obligation de monter en courant la
structure du parking." (Entretien de Kent avec Erlich, 1997, #16) . Au complexe
des Cèdres, le charbon impliquait de monter les escaliers du complexe en courant
ou de faire des tours "autour de l'ensemble" [plus d'un kilomètre]
(Entretien de Kent avec Pat, 1997, #27).
Il semble que les punitions de
course les pires avaient lieu à Gilman Hot Springs ou Happy Valley, où d'anciens
cadres généraux de la scientologie durent courir autour d'un arbre ou d'un
poteau douze heures par jour. Julie Mayo indique qu'on l'envoya sur un programme
de course au cours duquel elle dut " courir sept jours sur sept et douze heures
par jour autour d'un arbre et dans les pires conditions du désert". (Julie Mayo,
1996, #7). David, son mari, indique qu'il a été forcé à courir 12 heures par
jour, sept jours sur sept, pendant trois mois d'affilée, par des températures
atteignant 45° C - 110°F. Vicky Aznaran raconte la même chose, ayant été "forcée
de courir de 7:30 du matin à 9h30 le soir avec des interruptions de dix minutes
par heure, et une demi-heure pour les repas". (Aznaran et Aznaran, 1988, #9)
B. Travaux physiquement exigeants ou tâches épuisantes
Le travail physique est un des aspects essentiels
du programme du RPF; il comprend généralement l'entretien et la rénovation. Sur
l'Apollo, les membres faisaient quelques travaux: gratter les peintures,
repeindre, récurer les ponts etc. (Entretien de Kent avec Dale, 1997, #6).
Monica Pignotti dut descendre nettoyer la boue dans les fonds de cale: elle ne
faisait que ça toute la journée puis il fallait ôter toutes ces crasses et
peindre, peindre, peindre. J'y ai passé cinq jours. (Entretien de Kent avec
Pignotti, 1997, #26)
Un récit raconte qu'à East Grinstead, il fallait "ôter les rouille des
fourneaux ou peindre les pierres" (Forde, nd. #3); par contre, nettoyer les
salles d'eau (Pignotti, 1989, #23) ou les corridors [Rosenblum, nd. #1) et les
escaliers (Nefertiti, 1997, #10) se rencontre beaucoup plus souvent. Vicky
Aznaran dit avoir creusé des fossés (Aznaran, 1988, #11) et Pignotti prit
quelques photos qui parurent dans une publication de "Qu'est-ce que la
Scientologie" en 1978; (Eglise de Scientologie de Californie, 1978). Gerry
Armstrong assemblait des dossiers de cours (Cour Supérieure de l'état de
Californie, 1984, #1462), mais dût aussi faire des travux de rénovation.
Vers Avril 1979, Armstrong travaillait dans une équipe de rénovation d'une
maison qui servirait à Hubbard (Cour Supérieure de Californie, 1984, #1475).
André Tabayoyon parle de "travail d'esclave" à propos du RPF - c'est ainsi qu'il
l'appelle (Tabayoyon, 1994, #116-117, 120-122) - il s'agissait de creuser les
puits, de construire les bâtiments qu'utilisent les chefs scientologues et leurs
invités de marque (les stars de cinéma). Les récits de rénovation les plus
dramatiques viennent de Pat, dont l'équipe RPF dut entreprendre des rénovations
vraiment importantes dans le sud de la Californie, dans les années 70.
"La pression ne cessait de monter de jour en jour quant aux rénovations.
Chaque jour, c'était pire que la veille, afin qu'on achève, jusqu'au point - je
jure devant Dieu que c'est la vérité - où nous travaillions trente heures, puis
nous reposions trois heures. On travaillait trente heures d'affilée....
Steve et moi, on travaillait tellement, je ne voyais plus rien; on était
dans une pièce très très sombre, à gratter les murs, et je voyais des étincelles
sortir du mur, et je me demandais vraiment ce que c'était - je demandais ce qui
se passait là - et l'autre me regardait avec le regard vide, et il me disait,
"mais je ne sais pas, c'est des étincelles? " On était tombés dans
l'hallucination tellement on étaient épuisés. Je me souviens avoir été incapable
de construire une phrase; il fallait que je demande le tournevis, et je disais:
"j'ai besoin de la lame à sandwich qui n'est pas rouge"; impossible de rester
cohérente. (entretien de Kent avec Pat, 1997, #14)
Les "quarts" de trente
heures ne sont pas inhabituels: Robert Vaughn Young parlait de douze heures par
jour, mais Pignotti signale avoir travaillé jusqu'à 36 heures d'affilée sans
repos" parce qu'Hubbard avait ordonné de nettoyer le bateau (Pignotti, 1997,
#14).
C. Nourriture insuffisante
La charge importante de travail mériterait un apport calorique important,
mais plusieurs des anciens membres du RPF se sont plaints de la nourriture.
Malgré ses dix-huit heures de travail quotidien, Tonya décrit une alimentation
de "haricots et riz" avec de l'eau. (Burden, 1980,#10); Il semble que Nefertiti
mangeait de la soupe ou des trucs pour les porcs" parfois avec un peu de lait.
(Nefertiti, 1997, #9). Pat se plaint d'avoir été nourrie de choses immangeables
qu'elle définit ensuite comme "du vraiment institutionnel, mal préparé, et
contenant des restes et des épluchures". (interview de Kent avec Patti,
1997a,#24). Pignotti dit le refrain couramment entendu: les membres du RPF
mangeaient après les autres staffs mais les restes ne venaient pas des
assiettes, mais des plats (entretien de Kent avec Pignotti, 1997, #6). Il se
peut que la nourriture médiocre ait été l'un des facteurs ayant fait perdre
quinze livres à Larry Wollersheim pendant ses six semaines de RPF à bord (Cour
d'Appel de Californie, 1989, #9269).
D. Questions de soins médicaux et d'hygiène
Epuisés par les horaires et peut-être affaiblis par la nutrition
insuffisante, les membres du RPF étaient sensibles à la maladie. Sur l'Apollo,
les membres avaient apparamment du mal à garder des vètements secs (entretien
Kent avec Dale, 1997, #6). A terre, nombre de victimes du RPF souffraient
probablement de ce type d'ennuis, mais cette fois, c'est à la sueur qu'ils le
devaient, à force de travailler en pleine chaleur. Hana Whitfield se plaint par
exemple d'avoir dû porter des bleus de travail épais pendant l'été Floridien
-Whitfield, 1989,#5-6). Malgré les besoins évidents de douches ou de bains,
Whitfield signale "qu'il était interdit de prendre sa douche plus de trente
secondes." (Whitfield, 1989, #6). Nefertiti a pu témoigner des ennuis que la
sueur peut causer aux femmes, et parle d'une affaire qui trouve bien sa place
ici:
"On souffrait tous de la transpiration. Je me souviens de cette jeune femme
qui subissait une grosse infection sous les seins. Au lieu de guérir, la
blessure ne cessait de s'agrandir, jusqu'à ce que des abcès purulents lui
descendent jusqu'au nombril." (Nefertiti, 1997, #9).
Nefertiti n'est
pas la seule à avoir vu des problèmes de peau de ce type; Lori Taverna a dit aux
officiels de la Ville de Clearwater, en Floride, qu'elle avait vu certaines
personnes ayant l'air très malades, y compris une qui avait des abcès sur tous
le corps, des blessures béantes". (Auditions de la Ville de Clearwater, 1982,
#2-151). Une des autres misères d'hygiène dont souffraient les femmes était de
ne "pas avoir assez d'argent pour se payer des tampax" (Nefertiti, 1997, #11).
Les gens avaient divers problèmes de santé. Par exemple, David Mayo dit qu'on
lui a refusé des trapîtements médicaux et dentaires alors qu'il faisait le RPF,
et "qu'après avoir réussi à s'échapper, il a perdu six dents , puis il lui
fallut dépenser des milliers de dollars en frais dentaire pour sauver celles qui
restaient." (Mayo, 1994, #3). Plus grave, André Tabayoyon dit avoir travaillé
sur des machines dangereuses alors qu'il était sur le RPF du RPF, et avoir vu un
de ses camarades déprimé pousser son doigt dans la mcahine et se le faire
couper". (Tabayoyon, 1994, #10)
E. Conditions de repos/sommeil
En plus des conditions de santé et d'hygiène, nombre des participants parlent
du sommeil. Ils se plaignent rétrospectivement des conditions de repos, de
l'état des matelas, de l'aération des pièces et des zônes où ils dormaient. A
différents endroits et moments, certains parlent de l'état des matelas sur
lesquels on les faisait dormir. Parlant du RPF sur l'Apollo, Dale a raconté que
"qu'on leur donnait des matelas, mais de vieux sales, abîmés, qui avaient besoin
d'être nettoyés, et qui puaient souvent". (Entretien de Kent avec Dale, 1997,
#6). Pat, en se rappelant de la période des quarts de trente heures, dit "quand
on avait fini nos trente heures, il fallait aller coucher; on allait dans le
grenier d'un bâtiment où il faisait froid, et il fallait s'effondrer sur des
matelas humides, sales et glacés pour dormir". (Entretien Kent avec Pat, 1997a,
#26).
Les matelas restaient généralement sur le sol. Lorsque Robert Vaughn Young
fut mis en isolation dans un vieux poulailler reconverti de la propriété de
Gilman Hot Springs, il y trouva "quelques vieux matelas à même le sol; vous
savez? on parle de s 'écraser au lit..." (Entretien de Kent avec Young, 1994,
#20); voir aussi Tabayoyon, 1994 #9, paragraphe 35. Adelle Hartwell était dans
les locaux d'Indio au moment où sa fille était au RPF: quelqu'un qui était
(probablement) responsable du RPF a mis les matelas des gens du RPF dehors, et
sa fille est tombée malade vers ce moment. "Je la voyais changer son matelas de
place au cours de ces chaudes journées, allant d'un point d'ombre à un autre
pour essayer de se protéger du soleil - 46 ° à l'ombre . Je n'ai jamais vu
traîter un malade de la sorte. (Hartwell, nd. #3)
Comme dans le cas de cette
fille malade, c'est peut-être ce qu'a voulu dire Vicky Aznaran en parlant du
fait qu'elle couchait à même le sol - son matelas n'était pas probablement pas
sur un sommier. (Aznaran et Aznaran, 1988, #11). Il est certain que des récits
sur le Fort Harrison indiquent que les matelas étaient à même le sol, en général
dans des endroits trop exigüs et mal aérés. (Armstrong 1982, Nefertiti 1997,
#12; Rosenblum, nd. #3, Whitfield 1989, #5). La première fois que Monica
Pignotti alla sur le RPF de l'Apollo, l'aération était si mauvaise qu'ils
"dormaient sur des serviettes sur le Pont tellement c'était irrespirable à
l'intérieur; c'étaient vraiment des conditions horribles." (Interview de Kent
avec Pignotti, 1997, #18).
Même quand les membres du RPF avaient des lits ou des sommiers, ce n'était
pas ça: Wolldersheim dit que lors de son RPF à bord, on le força, lui et
d'autres, à dormir dans la cellule du bateau. "Trente personnes y étaient
empilées sur neuf hauteurs de lits superposés, sans aération suffisante." (Cour
d'Appel de Californie, 1989, #9274). Au Fort Harrison, Dennis Erlich et autres
membres du RPF dormaient en couchettes entassées au troisième étage de la
structure de parking externe du bâtiment, si bien qu'ils respiraient les fumées
d'échappement. (Entretien de Kent avec Erlich, 1997, #3). Il semble que les
lieux où dormaient les femmes n'étaient pas loin, car Ann Rosenblum dit:
"En Décembre 1978, on nous a mis dans un dépôt du garage. C'était en partie
en bois, en partie en béton, un local construit contre un des murs du garage.
C'était destiné à servir de dépôt, mais comme le RPF s'agrandissait, on en avait
fait la chambrée des filles. Il y avait des couchettes en bois, qui faisaient à
peu près la moitié ou le tiers de la taille normale d'un lit à deux places;
c'était empilé sur trois ou quatre hauteurs, et posé côte à côte. Les "matelas"
étaient des bouts de mousse coupés aux dimensions des couchettes. Aller au lit,
c'était faire du ramping dans un trou noir: on ne pouvait même pas s'asseoir
parce qu'il y avait l'autre lit par dessus, et il était difficile de se tourner
tellement c'était étroit. Le pire, c'est qu'on respirait les gz d'échappements
parce que le garage était tout près, sans parler du bruit des voitures des gens
(le public venant en cours et les staffs) qui entraient et sortaient.
(Rosenblum, nd. #3)
Il paraît surprenant que les inspecteurs sanitaires,
de la sécurité ou du l'usage des locaux n'aient jamais découvert ces "logements"
du Fort Harrison, mais Hana Whitfield a expliqué que "tous les gens du RPF
avaient l'entraînement pour retransformer à toute vitesse leur chambrée afin
qu'elle ait l'air d'un vrai entrepôt" (Whitfield, 1989, #6)
C/ Mauvais traîtements sociaux
La démarcation entre mauvais traîtements physiques ou sociaux n'est pas
toujours claire; certaines activités impliquant dégradations, restrictions aux
communications orales ou écrites et paie minuscule semblent assez nettes pour
qu'on en parle ici. Les dégradations étaient nombreuses sur le RPF. Il s'agit
par exemple de porter des bleus. (entretien Kent avec Pat, 1997, avec Young,
1994; Cour Supérieure de l'Etat de Californie, 1984, #1432; Whitfield, 1989,
#5), d'avoir à s'adresser à toute personne en utilisant le terme "Sir"
(Rosenblum, nd 2; Whitfield, 1989, #5); de l'interdiction de marcher: il faut
toujours courir. (Rosenblum, nd.#1).
Plusieurs personnes indiquent des
restrictions draconiennes aux communications, bien qu'elles en parlent en
mettant plus ou moins d'emphase. Il semble que Dale ait résumé la restriction du
RPF "En fait, on ne peut parler à personne hors du RPF, à moins qu'on ne vous
adresse la parole." (entretien Kent avec Dale, 1997a #23). L'anglais Peter Ford
dit que sur le RPF, on ne peut parler qu'à une personne: le MAA (Maître d'armes)
qui supervise le programme.(Ford, n.d, voir Pignotti, 1989, #24) Julie Mayo
insiste sur le fait suivant: "on ne lui permit pas de parler au reste du
personnel, ni même de passer un coup de fil".(Julie Mayo, 1996, #8).
Ces restrictions de communication incluent courrier et téléphones
cellulaires. Les récits de surveillance et de censure des communications de
Gerry Armstrong sont amplifiés par ceux de Robert Vaughn Young, qui écrivit sur
Internet avoir dû subir des interrogatoires sur le contenu de lettres qu'il
expédiait à sa femme incarcérée au RPF (Armstrong et Young, 1997, #1-2, 1994,
#29).
Mayo jure dans un affidavit "qu'il ne lui était pas permis de recevoir des
appels et que toutes les lettres qu'il écrivait étaient lues par les gardes de
la sécurité". (Mayo, 1994, #3). Nefertiti raconte de façon dramatique avoir
rencontré une femme sur le RPF du RPF "qui était là parce qu'elle avait écrit à
son mari, membre de la secte, et qu'elle lui avait donné certains détails du RPF
On n'est pas censé parler du goulag. Elle avait 'violé la loi du silence'. "
(Nefertiti, 1997, #4).
Les restrictions de communication s'étendaient aux
médias. Les gens sur le RPF n'ont pas le droit à la radio, à la télévision, aux
magazines ou journaux. (Entretien de Kent avec Pat, 1997 #23 et Rosenblum, nd,
#2). En dépit de toutes les privations endurées, les membres du RPF
n'obtenaient presqu'aucun salaire. Armstrong dit avoir reçu quelques 26 F par
semaine (4$30) pour des semaines de plus de cent heures de travail (Cour
Supérieure de Californie, 1984, #1463). Robert Vaughn Young révèle de son côté
qu'il a "reçu 30 F par semaine pendant 14 mois" (entretien avec Kent, 1994,
#24), la même somme que Pignotti (entretien Kent Pignotti, 1997, #17). Ann
Rosenblum n'avait que 24 F (4$) par semaine (Rosenblum, nd, #3).
4. Etude intensive de l'idéologie
Lorsque ni les punitions ni la pression des tâches exigées ne les en
empèchaient, les membres du RPF passaient quelques cinq heures par jour à
étudier les doctrines scientologiques et participaient à nombre de séances
d'audition et de vérifications de sécurité. Chacun travaille avec un
co-auditeur, se doit d'achever le programme d'audition du RPF et auditer le
partenaire jusqu'à ce qu'il ait aussi terminé le programme. (Rosenblum nd,#2).
Il paraît vraisemblable que le but de ces études intenses soit d'infuser les
enseignements d'Hubbard pendant que l'autre aspect du RPF est en cours: les
confessions imposées. C'est à dire qu'en étudiant ce que la scientologie
considére vérité absolue, on continue à recevoir continuellement le message (par
les confessions forcées) qu'on est faible, coupable et intégralement dépendant
des doctrines du fondateur en ce qui concerne la rédemption. (Voir Kent, 1994)
La "feuille de contrôle" de 1980 (programme préétabli, ndt) des éléments
d'étude et des actions d'audition est désormais très structurée pour être
autorisé à finir le RPF; elle comprend sept pages de cours, lectures,
démonstrations de compréhension, essais, auditions et confessions qu'il faut
achever pour être "lauréat" du programme (Conseil d'administration des églises
de scientologie, 1980, 1-7).
La liste de vérification d'un seul cours inclut
par exemple que les membres du RPF lisent 92 bulletins et ordres d'Hubbard,
qu'ils fassent dix démonstrations des concepts, écoutent sic conférences
enregistrées, fassent 26 exercices, écrivent deux essais, fassent au moins dix
heures d'audition et achèvenet trois autres programmes d'audition (même réf;
1974).
5 - Confessions Obligatoires
L'un des aspects centraux de la remise à niveau idéologique exigent que les
membres du RPF confessent répétitivement des péchés, crimes, et intentions
nuisibles supposés. (Voir entretien Kent avec Dale, 1977, #9). Selon Monica
Pignotti, ces confessions forcées se font sous deux formules; la première a
lieu à l'électromètre:
"Ils ont des listes préparées qu'on appelle "vérifications de sécurité" (sec
checks) où on vous pose toutes sortes de questions sur tout ce qu'une personne
pourrait avoir fait de mal, sur tout ce qu'on pourrait penser dans la vie ...
contre l'organisation 'As-tu jamais volé quelque chose ? As-tu jamais pensé du
mal d'Hubbard. de Mary Sue Hubbard? de la Scientologie ? As-tu jamais commis un
meurtre ?' - toute une liste qu'on lit avec l'électromètre, en attendant qu'elle
donne des réactions - l'auditeur dit alors: "T'as pensé à quoi?" et le gars ou
la fille répond à la question jusqu'à ce que l'électromètre ne réagisse plus."
La seconde méthode se fait au moyen de commandements répétitifs: Qu'est-ce
que tu as fait [commis]? - "Qu'est-ce que tu as retenu [caché]? "répété ad
infinitum (entretien de Kent avec Pignotti, 1997, #15; Cour Suprème de
Californie, 1984: #1487-1490, 2545, 46)
Les gens confessent toute sorte de
crimes, y compris ceux supposés venir de vies antérieures (Nefertiti, 1997,
#12). L'appareil supposé religieux utilisé par la scientologie, l'électromètre,
serait l'équivalent d'un détecteur de mensonges dans le civil - (entretien de
Kent avec Erlich, 1997, #11)
Distinction pratique entre audition et vérification de sécurité: le
scientologie ne considère pas les informations révélées dans les vérifications
de sécurité comme confidentielles, (alors que celles révélées en audition sont
censées l'être). Les gens du RPF se rendent donc probablement compte que ces
renseignements pourraient être utilisés ensuite contre eux. Cependant, il y a au
moins deux personnes qui disent que les gens associés au RPF tiraient en réalité
des renseignements dans les dossiers d'audition des préclairs (les "patients" de
la scientologie), pour déterminer les crimes qu'aurait pu faire la personne
(entretien Kent avec Pat, 1997, #29, Cour Suprème de Californie, 1984, #2714).
Les vérifications de sécurité peuvent et sont souvent très intenses et
déprimantes. Avant d'envoyer Stacy Young au RPF, deux cadres généraux de la
scientologie la soumirent à un "gang-bang sec-check", c'est à dire que deux
personnes ou davantage posent des tas de questions accusatrices sur le ton de la
colère pour essayer de casser la personne sur le plan émotionnel:
"Deux types très costauds... m'ont enfermée dans une pièce et m'ont
interrogée durant des heures; ils me hurlaient dessus, m'injuriaent; ils
m'accusaient de toutes sortes de crimes contre la scientologie. Ils exigeaient
que je leur avoue que j'étais une ennemie de la scientologie" (S. Young, 1994,
#28).
Julie Mayo semble avoir subi les gang-bang sec-checks, mais après son
entrée au programme du RPF. Des employés du RPF prirent quinze personnes avec
elle, la nuit, et la firent asseoir:
"en face de moi, ils étaient trois. On m'a dit qu'à moins que je confesse
que je travaillais pour l'IRS [le fisc américain, avec qui la scientologie avait
quantité de déboires], ou pour le FBI [autre ennemi de la scientologie], ou
toute autre agence du gouvernement américain, je serais: A/ expédiée en prison,
B/ je perdrais mon éternité; C/ je serais bannie à jamais des "lignes
techniques" de la scientologie. Quand j'ai répondu que je ne travaillais pour
aucune agence du gouvernement, ils m'ont dit qu'ils seraient moins durs si je
confessais avoir transmis une "liste d'adresses" à quelqu'un. J'ai dit que je
n'avais pas non plus fait ça, et on m'a dit d'y réfléchir et de faire ma
confession par écrit. (J. Mayo, 1996, #7)
Son mari eût probablement aussi à
subir cette mise sur le grill, car il signale "on me réveillait souvent la nuit
pour m'interroger" (David Mayo, 1994, #3)
6. Lettres de succès
Quand un membre du programme du RPF désire achever le programme, il doit en
passer par la rédaction d'une lettre de succès indiquant à quel point le RPF a
transformé son existence. Depuis bien longtemps avant la venue du RPF, Hubbard
avait mis au point une obligation au sein de l'organisation, applicable à toute
personne: les gens doivent faire des récits mirobolants de leurs progrès en
scientologie; l'obligation d'en faire sur le RPF suit cette même tactique.
Hubbard, ses relations publiques en tête, écrit en 1968:
Pour amener la scientologie à des millions de personnes, il faut que les
résultats de la technologie standard soient largement publicisés par le bouche à
oreille des préclairs et des étudiants. Il est probable que les gens n'ayant pas
eu de résultats n'aideront pas à disséminer et présentent un risque. (Hubbard,
1968, #140)
Il se rendit compte que les "récits de progrès" donnaient des
informations valables sur les considérations des gens vis à vis de la
scientologie; il écrivit donc : "le progrès est la règle essentielle dans une
org. Tous les étudiants devront donc passer par la ligne de lettres de succès
avant de quitter une org , même pour une "autorisation d'absence". (Hubbard,
1968, #140). Les lettres de succès du RPF ne font que suivre cette lettre de
règlements, et ont pu fournir une certaine protection à la scientologie vis à
vis de ceux qui critiqueraient leur incarcération au RPF après l'avoir quitté.
Bien que ratissant moins large que les confessions que des victimes de
programmes de réforme (politiques) durent écrire dans les années 40-50 à leurs
'rééducateurs' (voir Lifton, 1961, #266-73, 473-84), les lettres de succès du
RPF rejoignent semble-t'il la même formule. Les gens "achevant" le RPF devaient
accuser réception à leurs défauts antérieurs supposés, louer l'instruction
scientologue reçue au RPF, identifier comment les aspects positifs de
l'instruction avaient réussi à améliorer leur existence, et remercier Hubbard et
l'organisation pour cette expérience RPF.
Une lettre de succès de Mars 77 qui fut publiée illustre bien la formule:un
certain "B.G;" proclame:
"Le RPF est le plus fantastique des procédés jamais imaginés par LRH
-Hubbard. C'est net, plus de barreaux en scientologie. Quand j'ai passé la porte
d'entrée voici quelques mois, ma seule certitude, c'était qu'il n'y avait aucun
espoir. J'avais complètement trahi LRH et la Sea Org, et tous les scientologues
du monde. J'avais vendu mon avenir. Comme membre du RPF, j'ai découvert
qu''il n'y avait que deux possibilités: perdre - mourir dans l'aventure - ou
gagner - et j'ai eu une cinquantaine de copains du RPF m'aidant pour que je ne
meure pas; c'est ici que j'ai reçu le meilleur entraînement et la meilleure
audition que j'ai jamais eues.
Je suis prêt à achever. C'est ici que j'ai eu le plus grand gain de toute mon
existence. Je sais que la scientologie marche. J'ai une certitude totale dans
mes aptitudes à manier les autres et me manier au moyen de la tech de LRH. Et
c'est au RPF que tout ça se passe: ça, c'est quelque chose. Grâce à LRH, j'ai un
avenir, un avenir sacrément brillant! (Sea Organization, 1977, #5)"
Ayant rempli la formule (acuser réception des vices avant le RPF,
glorifier Hubbard, louer les techniques et dire qu'on a fini avec succès), il
est probable qu'on a laissé cette personne quitter le programme peu après.
Impact sur certains scientologues ayant vu fonctionner le
programme
On a deux récits très révélateurs provenant de scientologues ayant brièvement
croisé des membres du RPF. Leurs révélations donnent quelques indices sur
l'impact cumulatif du lavage de cerveau et des efforts de confinement sur les
gens les ayant subi. L'un d'eux vient de Joe Cisar, qui dit:
"...je suis tombé sur le RPF du RPF dans les tunnels des caves du complexe
des cèdres à Los Angeles. Il y avait apparamment une douzaine de gens qui
dormaient dans ces chambres minuscules (on voyait quelques couvertures par
terre) - des hommes et des femmes. Un type coupait la jambe de pantalon d'une
fille sur elle: il lui avait entaillé la jambe. Le sang coulait de son genou
jusque par terre. Elle m'a regardé et m'a fait ce que je considérerais comme
une sourire de folle, en ajoutant "j'ai mis mon pied sur la trajectoire de sa
lame". Deux ou trois autres m'ont regardé comme si j'étais une apparition
impossible. J'ai reculé et suis reparti. L'un des gros trucs de la promotion
scientologique consiste à dire qu'elle "met les gens au point-cause" [qu'elle
les transforme en acteurs de leur vie, ndt]. Ces gens n'étaient pas cause de
quoi que ce soit. Ils avaient dégénéré jusqu'au Moyen-âge.
C'est ce que je
savais du RPF quand un des officiers scientologues m'a dit d'aller là-bas pour
un temps indéterminé. Je lui ai dit qu'elle n'arriverait pas à m'y envoyer, que
j'en enverrai un paquet à l'hosto d'abord, en lui rappelant que j'étais un
vétéran du Vietnam. Je suis l'un des rares membres de la Sea Org à avoir été
fichu de reprendre ma voiture, et j'ai filé ce soir-là. (Cisar, 1997, #3)
On se demande ce qui se serait passé si Cisar n'avait pas constaté les
conditions du RPF avant qu'on l'y envoie.
L'autre aperçu dramatique du RPF vient d'Ann Bailey, qui déménagea la
scientologie dans les nouveaux bâtiments (anciennement hospitaliers) tout justes
achetés par la scientologie (le complexe de Cèdres à Los Angeles), au printemps
1978. Ayant subi ce déménagement épuisant, on lui ordonna de garder les
documents secrets des niveaux théologiques supérieurs (ceux qu'on appelle Thétan
Opérant ou OT), documents qui se trouvaient dans une pièce sans porte. Ils
étaient dans l'ancienne morgue de l'hopital où elle dut rester des heures au
milieu des odeurs de cadavre, de dissection et de produits chimiques" (Bailey,
nd, #60). Ensuite:
"Au bout de trois heures, je pris conscience de mouvements dans l'ombre
derrière moi. C'étaient des gens. Je me suis peu à peu rendu compte qu'il y
avait tout un groupe de gens travaillant là; il m' a fallu longtemps pour les
identifier, tant j'étais fatiguée; puis ça m'a frappé: c'était le RPF des
Cèdres. Ils vivaient et travaillaient dans ce trou puant. C'était leur org. Puis
j'ai vu ce qui était arrivé à certains d'entre eux: sales, fatigués, des
squelettes me faisaient face, et ils ont commencé à me demander s'ils pouvaient
voir les dossiers OT. J'avais sale tête, mais j'avais l'air belle, comparée à
eux. Ils me poussèrent, devinrent méchants. Ils commencèrent à se battre
derrière moi. C'étaient des animaux, plus des humains. J'ai vu quatre de mes
amis, dont un auditeur Classe IX [niveau élevé en scientologie, ndt], se battre
pour s'approcher de moi. Ils se tapaient dans la figure. Et au fond de mon trou,
personne ne pouvait m'entendre ni ne s'inquiétait de moi.
Quelqu'un m'a violemment frappée. J'ai réalisé qu'ils tournaient leur colère
contre moi; ils voulaient me frapper pour avoir les dossiers. Je suppose qu'en
pareilles conditions, nous devenons tous un peu fous - c'est la survie pour
celui qui s'adapte le mieux. La force m'est venue de l'intérieur, je me suis
mise debout avec tous mes "trainings en place" [c'est à dire les exercices de
communication scientologiques] pour contrôler les groupes: "Mes amis, j'ai dit,
croyez-moi, je suis votre amie. Le destin fait que je ne suis pas sur le RPF
avec vous. Mais croyez-moi, si vous ne vous dépéchez pas de filer d'ici, vous
serez punis, partez avant qu'il ne soit trop tard." Et ils ont reculé et sont
partis. En fait, ils sont partis parce que mon intention véritable, c'était de
les voir hors de l'hopital, qu'ils s'en aillent vraiment des Cèdres. Mais je ne
crois pas qu'aucun d'eux ait reçu le message. (Bailey, nd, #61-62)
Elle quitta la Sea Org la semaine suivante.
CONCLUSION: le lavage de cerveau en tant que pratique scientologique et
concept sociologique
Pris ensemble, les effets de ces actions et pressions peuvent être très
profonds chez ceux qui les ont subies. Dans un environnement où l'organisation
de scientologie et ses dirigeants exercent un pouvoir totalitaire sur les
internes du RPF, les chercheurs peuvent s'attendre à observer un taux élevé de
conformité chez les "lauréats" récents du RPF. Monica Pignotti avait certes
raison d'affirmer que la leçon à engranger sur le RPF consistait à" ne pas
discuter les ordres, quoi que nous pensions des ordres ou de la personne qui les
donne." (Pignotti, 1989, #23). La conclusion de Pat est encore plus nette, car
elle répond que "le but du RPF n'était que de vous ré-endoctriner, de vous
casser." (Entretien Kent avec Pat, 1997b, #5).
Je ferai un pas de plus en
ajoutant que l'intention finale du RPF était et reste de mouler/modeler les gens
selon une idéologie proche de la scientologie, idéologie en laquelle les membres
identifient leurs buts et stratégies avec ceux de l'organisation. Travaillant à
la fois en confinement forcé et avec de mauvais traîtements physiques et
sociaux, l'étude intensive de l'idéologie s'additionne aux confessions
obligatoires pour affaiblir puissamment les structures morales propres aux
personnes ainsi que les valeurs qui les représentent.
Lorsqu'il fonctionne, le
lavage de cerveau scientologique conduit donc les gens à accepter le code moral
et le modèle d'idéation du fondateur Hubbard. Comme l'a résumé Gerry Armstrong,
" les gens du RPF deviennent si obéissants qu'ils remercient les bourreaux de la
punition et écrivent ... des lettres de succès qu'on pourra ensuite utiliser
contre eux s'ils se rendent comptent qu'on les a trompés et qu'ils veulent
obtenir redressement des dommages." (Armstrong dans Young, 1997, #5). Il faut en
effet écrire ce genre de lettre pour achever le programme du RPF.
Les implications de la présente étude sont modestes mais néanmoins
significatives pour la sociologie (en particulier la sociologie des religions),
et comptent davantage pour les discussions politiques et légales contemporaines.
Les scientifiques sociaux n'ont pas à modifier leur définition du lavage de
cerveau, mais il faudrait au minimum admettre qu'au moins l'une des
organisations idéologiques contemporaines se sert du lavage de cerveau afin
d'essayer de retenir ses membres. Bien que cette étude ne puisse répondre à des
questions cruciales sur les implications à long terme pour les gens ayant
participé à ce programme spécifique de lavage de cerveau (comparer avec Schein,
1961, #284), il n'y a pas de doute sur le fait que le fondateur de la
scientologie a beaucoup étudié les techniques de lavage de cerveau et les a
imposées à ceux de ses adpetes dont il pensait que les actions accomplies ou les
idées en cours s'en prenaient à lui ou à l'organisation. Le terme "lavage de
cerveau" paraît donc valable dans certains cas au sein des sciences
sociales.
Contrairement aux jugements de certains scientifiques sociaux, ce
terme est également valide en matière de discours politique et de débats légaux,
en l'occurence dans le contexte du statut non-religieux de l'organisation
scientologue en Allemagne et dans celui de l'exemption d'impôts accordées aux
Etats-Unis (Voir Kent, 1997). Les politiciens allemands qui s'opposent à la
qualification religieuse de la scientologie sont très au courant de l'existence
du programme du RPF et conscients du fait qu'il existe encore (Hessische
Allgemeine, 1997). Il ne fait aucun doute que le RPF viole nombre de droits de
l'homme, en particulier dans le domaine de la liberté de religion et de
conscience, les lois sur le travail, les arrestations arbitraires, le
confinement/emprisonnement forcé, et la protection de la dignité de l'être
humain. (Kent, 1997, #39).
Les questions portant sur les droits de l'homme
prendront d'autant plus d'ampleur si l' on constate la véracité des récits
portant sur des membres du RPF mineurs, enfants et adolescents (Jebson, 1997;
Entretien de Kent avec Pat, 1997a, #32; entretien Kent avec Pignotti, 1997,
#30). Nous constaterons ironiquement qu'au moment où le Ministère de Relations
Extérieures des Etats-Unis renforce sa critique contre le maniement de l'affaire
scientologique par les allemands, il y a encore au moins trois de ces programmes
en route sur le sol américain.
Stephen A. Kent, Professeur au Département de Sociologie
Université d'Alberta Etats-Unis
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